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  • Mener des interventions efficaces dans le domaine de la nutrition lors des 1 000 premiers jours de la vie d’un enfant peut avoir une incidence considérable sur sa santé et sa croissance. Toutefois, les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire ont besoin de meilleures directives s’ils souhaitent mettre en œuvre de telles interventions à grande échelle.
    AKDN / Asad Faruqi
Université Aga Khan
Redoublons d’efforts pour relever les défis de la nutrition

Malgré des progrès modestes, la sous-nutrition maternelle et infantile reste un problème de santé majeur à l’échelle mondiale, d’autant que les récentes avancées pourraient se voir anéanties par la pandémie de COVID-19. Des professeurs de l’Université Aga Khan (AKU) figurent parmi les auteurs qui ont traité de ce sujet dans la dernière « Series on Maternal and Child Undernutrition Progress » (Série sur les progrès en matière de sous-nutrition maternelle et infantile) publiée par The Lancet le 8 mars 2021. La publication se compose de trois nouveaux articles qui s’appuient sur les conclusions des séries précédentes (2008 et 2013), qui avaient contribué à l’élaboration d’un programme mondial de lutte contre la sous-nutrition au cours de la dernière décennie.

Dans cette nouvelle édition, les auteurs révèlent que la prévalence du retard de croissance chez les enfants a connu une importante diminution dans les pays à faible revenu, passant de 47,1 % en 2000 à 36,6 % en 2015, mais une diminution moindre dans les pays à revenu intermédiaire, passant de 23,8 % à 18 % sur la même période. Malgré cela, le monde est loin d’atteindre la cible de nutrition déterminée par l’Assemblée mondiale de la Santé et dont l’objectif est de réduire les retards de croissance de 50 % d’ici 2025.

En parallèle, le pourcentage d’enfants souffrant d’émaciation n’a que peu diminué dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. De nouvelles données montrent également que près de 5 % des enfants souffrent simultanément d’un retard de croissance et d’émaciation, une condition qui multiplie les risques de mortalité par 4,8. C’est en effet au cours des six premiers mois de la vie d’un enfant que l’incidence du retard de croissance et de l’émaciation est la plus élevée, même si l’indicateur reste mesurable dès la naissance. En ce qui concerne la nutrition maternelle, bien que la prévalence de la sous-nutrition (faible indice de masse corporelle) ait diminué, l’incidence de l’anémie et de problèmes de taille reste quant à elle très élevée.

Les auteurs affirment que les interventions suggérées dans les séries précédentes restent efficaces dans la réduction du retard de croissance, des carences en micronutriments et des décès infantiles et soulignent l’importance de les mener dans les 1 000 premiers jours de la vie d’un enfant. Toutefois, malgré ces conclusions, les chercheurs notent un net décalage entre la mise en œuvre des programmes et les avancées scientifiques, et signalent que des financements supplémentaires sont toujours nécessaires pour développer ces interventions, qui ont pourtant prouvé leur efficacité.

« Les gouvernements et les donateurs doivent réaffirmer leur engagement en faveur du programme inachevé de lutte contre la sous-nutrition maternelle et infantile en assurant des financements réguliers », explique le Professeur Zulfiqar A. Bhutta de l’Université Aga Khan, codirecteur du SickKids Centre for Global Child Health de Toronto, au Canada, coordinateur de la série et auteur principal de l’article traitant de ce sujet. « Les gouvernements doivent étendre la portée et améliorer la qualité des interventions directes, en particulier au cours des 1 000 premiers jours de la vie d’un enfant, identifier et traiter les causes immédiates et sous-jacentes de la sous-nutrition par la mise en œuvre d’interventions indirectes, créer et entretenir un environnement politique et réglementaire favorable à la prise d’action dans le domaine de la nutrition, et investir dans des systèmes de suivi et d’apprentissage aux niveaux national et infranational. »

Le professeur Zulfiqar A. Bhutta et le Dr Jai K. Das, également professeur à l’AKU, sont les auteurs principaux de deux articles de la série. Ils rappellent que le Pakistan, à l’instar de nombreux pays en développement, subit les conséquences de la malnutrition sur trois niveaux : retards de croissance, carences en nutriments essentiels et augmentation du surpoids et de l’obésité. 

Plus de la moitié de la population nationale est en situation d’insécurité alimentaire, et de nombreuses interventions essentielles dans le domaine de la nutrition, comme l’allaitement maternel, et les indicateurs d’alimentation complémentaire, sont loin d’atteindre les niveaux attendus. Selon le Professeur Bhutta et le Dr Das, le Pakistan doit redoubler d’efforts et adopter une stratégie durable s’il souhaite améliorer la santé et la nutrition de l’ensemble de sa population et ainsi atteindre les objectifs mondiaux dans un avenir proche.

« Bien que l’on puisse constater de légères améliorations, notamment dans les pays à revenu intermédiaire, les progrès restent trop lents en ce qui concerne l’émaciation et le retard de croissance chez les enfants », explique le Dr Victoria de l’International Center for Equity in Health de l’Université fédérale de Pelotas, au Brésil. « Les données soulignent également la nécessité de mettre l’accent sur la mise en œuvre d’interventions dans les 1 000 premiers jours de la vie d’un enfant et de donner la priorité à la nutrition maternelle, non seulement pour assurer la santé des femmes elles-mêmes, mais également celle de leurs enfants. »

Depuis la publication de la série de 2013, les données qui prouvent l’efficacité de 10 interventions qui y étaient recommandées s’accumulent, mais c’est également le cas pour des interventions plus récentes. En effet, de nouvelles données viennent confirmer l’utilité de la supplémentation préventive de petites doses de nutriments à base de lipides (SQ-LNS) dans la réduction du retard de croissance, de l’émaciation et de l’insuffisance pondérale chez les enfants. Elles confirment également l’efficacité de la généralisation de la supplémentation en micronutriments multiples au stade prénatal dans la prévention des complications lors de la grossesse et de l’accouchement et l’amélioration de la santé maternelle.

Sur la base de ces nouvelles observations, la série présente un nouveau cadre de travail facilitant la classification des actions dans le domaine de la nutrition en interventions directes et indirectes, mais aussi en interventions dans les secteurs de la santé et d’autres secteurs liés. Ce cadre confirme que les initiatives éprouvées actuellement mises en œuvre doivent continuer de combiner interventions directes (supplémentation en micronutriments ou services de conseil pour l’allaitement maternel) et interventions indirectes visant à s’attaquer aux causes sous-jacentes de la malnutrition (services de planification familiale et de santé reproductive, programmes d’aide financière et sensibilisation à l’utilisation de l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène). Il est important de noter que toutes les interventions dans le domaine de la nutrition, qu’elles soient mises en œuvre dans le secteur de la santé ou en dehors, revêtent une importance similaire dans la prévention et la gestion de la malnutrition.

« Nos conclusions mettent en lumière l’efficacité durable de toutes les interventions suggérées dans la série de 2013. De nouvelles données plaident en faveur d’une intensification de la supplémentation en micronutriments multiples pour les femmes enceintes, notamment en fer et en acide folique, mais également de la SQ-LNS pour les enfants, ce qui nous amène aujourd’hui à 11 interventions de base », explique la Dre Emily Keats du SickKids Centre for Global Child Health de Toronto. « Désormais, nous devons nous concentrer sur l’amélioration de la portée de ces interventions, en particulier pour les personnes les plus vulnérables, et mettre en œuvre des actions multisectorielles pour atteindre nos objectifs », ajoute le Dr Das du Centre d’excellence pour la santé des femmes et des enfants de l’Université Aga Khan à Karachi, au Pakistan.

Un autre article de la série note une faible amélioration de la portée des interventions directes dans le domaine de la nutrition au cours de la dernière décennie, précisant qu’il est primordial de pousser les gouvernements à réaffirmer leur engagement en faveur des cibles définies, de continuer la recherche en vue d’obtenir de nouvelles données et de renforcer les financements afin d’élargir cette couverture et d’améliorer la qualité de la prestation de services. Il met également en évidence la façon dont les données et la mise en œuvre d’interventions dans les domaines de la nutrition, de la santé, des systèmes alimentaires, de la protection sociale, de l’approvisionnement en eau, de l’assainissement et de l’hygiène ont évolué depuis la série Lancet de 2013.

Les auteurs concluent la série par un appel mondial à l’action, encourageant les parties prenantes à réaffirmer leur engagement en faveur du programme inachevé de lutte contre la sous-nutrition maternelle et infantile.

« La pandémie de COVID-19 continue de paralyser les systèmes de santé et d’exacerber l’insécurité alimentaire et menace de réduire à néant des décennies de progrès », ajoute la Dre Rebecca Heidkamp du service de médecine internationale de l’École de santé publique Bloomberg de l’Université Johns Hopkins. « Que ce soit pour répondre à la pandémie ou pour atteindre les cibles mondiales de nutrition que l’Assemblée mondiale de la santé a fixées pour 2025, et qui approchent rapidement, les acteurs à tous les niveaux du secteur de la nutrition doivent passer à l’action afin de rassembler les ressources et les données nécessaires, d’impliquer les sphères dirigeantes et de coordonner les interventions en vue de remédier au problème mondial de la sous-nutrition. »

Dans un commentaire complémentaire signé par la Dre Meera Shekar, responsable internationale pour la nutrition à la Banque mondiale et co-autrice de la série, cette dernière explique : « Les progrès observés dans la mise en œuvre des interventions que l’on sait efficaces sont encore trop lents, et c’est inacceptable. Pour changer cette dynamique, nous sommes convaincus qu’au-delà de la hiérarchisation des actions à mener, les pays ont besoin de meilleures directives s’ils souhaitent mettre en œuvre de telles interventions à grande échelle, visualiser clairement les montants des financements nécessaires et mettre en place la meilleure solution pour allouer les bonnes ressources et maximiser l’impact de leurs efforts. »

Lors de la dernière décennie, la nutrition a pris une place de plus en plus importante dans le programme mondial grâce aux observations des séries de 2008 et de 2013. Cette nouvelle série est publiée à une époque déterminante, puisque 2021 a été désignée comme l’Année d’action Nutrition pour la croissance (N4G), qui culminera avec le Sommet sur les systèmes alimentaires 2021 en septembre et le Sommet de Tokyo sur la Nutrition 2021 en décembre.

Ce texte est une adaptation d’un article publié sur le site internet de l’AKU.