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  • Dans les vallées des hautes montagnes du Pamir, les serres solaires passives semblent apporter une solution au problème de malnutrition chronique qui touche la population. Dans la province septentrionale du Gilgit-Baltistan, au Pakistan, une serre pilote a été construite afin d’y mettre à l’essai la culture d’oignons, de tomates, de choux-fleurs, de choux et de poivrons.
    AKF
  • En raison de cycles végétatifs très courts et des risques liés au changement climatique, les habitants des régions septentrionales du Pakistan se sont détournés de la culture des légumes. Dans la vallée de Rech, la construction de serres solaires a ainsi permis de sensibiliser les habitants à l’importance des légumes pour leur nutrition. Pour la première fois, Sher Murad, un habitant de la vallée, a vu ses tomates atteindre leur stade de maturité.
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Fondation Aga Khan
Les serres solaires, des remparts contre l’insécurité alimentaire dans les régions de haute montagne

Dans les magnifiques vallées des hautes montagnes du Pamir, un fléau sévit au vu et au su de tous : l’insécurité alimentaire y est en effet omniprésente et a de graves répercussions sur la santé des populations locales. Confrontées à des hivers plus longs que la moyenne et des cycles végétatifs en conséquence très courts, ces populations ne consomment que peu de légumes et sont dans l’incapacité de satisfaire leurs besoins nutritionnels de base. Elles subsistent principalement grâce à la culture d’orge, de pois, de pommes de terre et de blé. 

Malheureusement, la plupart du temps, les cultures n’atteignent même pas le stade de la récolte en raison de l’arrivée précoce de l’hiver. La situation est d’autant plus difficile que les habitants sont dans l’incapacité d’acheter des légumes. En conséquence, les femmes et les enfants de ces communautés sont nombreux à souffrir de malnutrition et d’un retard de croissance. Dans le but de pallier ces difficultés, la Fondation Aga Khan (AKF) construit dans ces vallées des serres grâce auxquelles les autochtones peuvent cultiver des légumes à l’échelle locale et ainsi répondre à leurs besoins nutritionnels et gagner un revenu supplémentaire.

En effet, la culture de légumes à l’échelle locale a été identifiée comme l’une des meilleures solutions à ce problème. En raison des longs hivers, il est difficile d’acheminer des légumes dans les villages éloignés de la région. De plus, lorsque les habitants parviennent à en trouver sur les marchés, ils font face à des produits onéreux et de piètre qualité. Confrontés aux différences saisonnières, ils peinent également à trouver des plants de bonne qualité - qui ne sont généralement disponibles que dans le sud de la région de Chitral ou tout simplement « plus bas » dans le pays, où la saison agricole commence bien plus tôt. En outre, en raison du mauvais état des routes dans ces régions, les plants subissent généralement des dégâts lors du transport vers les villages isolés en altitude. L’AKF a donc décidé de lancer une initiative de développement de la culture de légumes à l’échelle locale. Mais comment faire pousser des légumes dans de telles conditions climatiques ?

Parmi les solutions possibles, la Fondation a choisi de mettre en place des serres solaires passives. Dans la vallée de Khot, dans la province septentrionale du Gilgit-Baltistan, une serre pilote a été construite sur le terrain de Rehmat Ali Baig, un habitant de Chat Gaz (la partie la plus au nord de la vallée). Avec l’aide de l’AKF, l’agriculteur y a mis à l’essai la culture de tomates, de choux-fleurs, de choux et de poivrons.

Les résultats de cet essai ont été très prometteurs. La serre a non seulement permis à M. Baig d’améliorer ses apports nutritionnels, mais également de distribuer gratuitement des légumes à ses proches. Il a de plus vendu des plants aux habitants d’autres communautés pour un total de 17 000 roupies pakistanaises (environ 106 dollars). Avec cet argent, il a pu s’acheter des outils pour réparer des vitres de la serre qui avaient été endommagées par une tempête de neige. Au cours des saisons qui ont suivi, M. Baig a réussi à répondre à la forte demande de légumes de sa communauté. Pour ce faire, il a planté d’autres produits comme de la salade et des oignons.

Dans la vallée de Rech, la situation est sensiblement la même : les cycles végétatifs sont très courts et le changement climatique fait peser d’importants risques sur les cultures. En conséquence, les habitants de cette région se sont détournés de la culture de légumes. L’activité présentant à leurs yeux peu d’intérêt d’un point de vue économique, ils pratiquent un type d’agriculture de subsistance très répandu dans la région. Les locaux privilégient en effet les denrées alimentaires non périssables, car les risques que les denrées périssables comme les légumes soient endommagées lors du transport sur les routes escarpées ou lors du stockage sont très importants. Dans la vallée de Rech, la construction de serres solaires a ainsi permis de sensibiliser les habitants à l’importance des légumes pour leur nutrition.

La première a été construite sur le terrain de M. Shamsuddin, un habitant de Noghore Rech. Dès la première année, il a planté des oignons, des tomates, des choux ainsi que du gombo. Après quatre mois, il a vendu des plants de tomates et d’oignons à l’échelle locale et en a également donné à ses proches. Grâce à la serre, M. Shamsuddin a gagné environ 5 000 roupies pakistanaises (environ 31 dollars).

Pour la première fois, Sher Murad, un habitant de la vallée, a vu ses tomates atteindre leur stade de maturité. Un autre résident a quant à lui expliqué que grâce à sa serre, il a pu préparer les récoltes de gombo dès le mois de juin, du jamais vu dans la région.

Malgré un manque d’expérience et des conditions climatiques extrêmes, dont des tempêtes de neige, les entrepreneurs des hautes montagnes du Gilgit-Baltistan commencent déjà à prévoir la prochaine saison. Certains ont réparé des vitres qui avaient été endommagées lors d’épisodes climatiques violents, tandis que d’autres ont planté relativement tôt des variétés plus résistantes de légumes, dont des tomates, des piments, des choux et des oignons. Les bénéficiaires de ce projet sont convaincus qu’au cours de la saison qui arrive, ils gagneront non seulement de bons revenus, mais seront également en mesure de fournir des plants de légumes de qualité aux communautés locales. Au fil du temps, ils amélioreront la qualité nutritionnelle des aliments consommés par les ménages de la région et contribueront ainsi à répondre au problème de l’insécurité alimentaire pour des communautés entières.