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  • Lorsque les écoles ont fermé leurs portes en raison de la pandémie de COVID-19, les jeunes filles des régions rurales d’Afghanistan se sont retrouvées isolées de leurs communautés d’apprentissage. La création de groupes WhatsApp et l’utilisation d’autres technologies leur ont permis de rester en contact avec leurs enseignants et leurs camarades.
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Fondation Aga Khan
La Fondation Aga Khan participe à l’événement CogX 2020

La Fondation Aga Khan (AKF) a cette année participé à l’événement CogX, l’un des plus grands sommets internationaux dédiés à la technologie. Habituellement organisé dans le quartier de King’s Cross, à Londres, le sommet CogX de cette année (8-10 juin 2020) s’est déroulé en ligne dans le cadre de ce qui était le plus grand rassemblement virtuel, inclusif et avant-gardiste de dirigeants, de PDG, d’entrepreneurs, de scientifiques, d’artistes et de militants du monde entier. Tous ces acteurs avaient pour objectif de répondre à la question : « Comment faire des 10 prochaines années une réussite ? »

Parmi les intervenants figuraient notamment Jane Goodall, John Kerry, Tony Blair, Matt Hancock et Martha Lane Fox, ainsi que le Dr Matt Reed et le Dr Andrew Cunningham de l’AKF, qui se sont exprimés respectivement sur la problématique de la pandémie de COVID-19 et des Objectifs de développement durable (ODD) et sur l’avenir de l’éducation.

La pandémie de COVID-19 et les ODD

Le Dr Matt Reed, directeur monde des partenariats institutionnels de l’AKF et directeur de la Fondation Aga Khan Royaume-Uni (AKF (UK)), a pris part à un échange dynamique animé par Edie Lush, directrice exécutive de Hub Culture. Adrian Lovett, PDG de la World Wide Web Foundation, et Gail Gallie, cofondatrice de Project Everyone, ont également participé à cette table ronde.

Renforcer les systèmes de santé

Matt Reed a commencé l’échange en expliquant la façon dont le Réseau Aga Khan de développement (AKDN), et en particulier ses trois agences de santé travaillant aux niveaux communautaire, secondaire et tertiaire, est rapidement intervenu face à la pandémie et a joué un rôle vital en aidant des gouvernements et systèmes de santé qui risquaient d’être submergés par les patients atteints de la COVID-19.

Il a poursuivi en laissant entendre que si les Objectifs du millénaire pour le développement se sont axés sur la lutte contre les grandes épidémies telles que la tuberculose ou le paludisme - notant par ailleurs d’excellents résultats – cela s’est fait au détriment de l’amélioration de l’accès général aux soins de santé. Le Dr Reed a expliqué que c’est en effet l’épidémie d’Ébola, et non de COVID-19, qui a révélé au monde l’aspect vital des systèmes de santé primaire, et comment, malheureusement, bon nombre de ces systèmes avaient été mal gérés ou délaissés au cours des dernières décennies, non seulement dans le monde en développement, mais également en Europe.

L’éducation des jeunes filles face à la pandémie de COVID-19 : le cas afghan

En évoquant le travail historique de l’AKF en faveur de l’éducation des jeunes filles en Afghanistan, le Dr Reed a mentionné certains des obstacles idéologiques et pratiques auxquelles ces dernières font face dans le pays. Il a notamment parlé de la façon dont la pandémie de COVID-19 a impacté à la fois ce travail, et les jeunes filles bénéficiaires elles-mêmes, qui se sont retrouvées isolées de leur environnement scolaire, mais aussi du soutien psychosocial que représentait la présence de leurs enseignants et de leurs camarades.

Il a ensuite expliqué comment l’AKF s’est appuyée sur la technologie pour surmonter ces obstacles, notamment par la mise en place de groupes WhatsApp pour les jeunes filles ayant accès à un téléphone. Il s’est également exprimé sur la façon dont la Fondation a combiné plusieurs solutions technologiques afin de mettre sur pied des groupes d’entraide et des mécanismes de partage des connaissances pour ses enseignants et ses responsables pédagogiques travaillant dans des environnements similaires à travers le monde. Enfin, le Dr Reed a souligné l’importance de rester vigilant face aux menaces auxquelles sont confrontées les jeunes filles qui souhaitent accéder à l’éducation et combien il est vital, aujourd’hui plus que jamais, de conserver des liens étroits avec elles.

Partenariats

En réponse à une question au sujet de l’ODD 17 (Partenariats pour la réalisation des objectifs), le Dr Reed s’est félicité de voir des entreprises, des organes philanthropiques, des gouvernements et des organisations de la société civile collaborer pour faire face à la pandémie. Il a poursuivi en expliquant comment le gouvernement du Sindh a par exemple demandé à l’AKDN de contribuer à la formation des infirmiers travaillant en première ligne et d’apporter un soutien logistique essentiel aux autorités compétentes.

Il a également noté la façon dont l’urgence de la situation entraînée par la pandémie a poussé divers partenaires, au sein du réseau de l’AKDN comme en dehors, à renouveler leurs engagements et travailler de concert pour trouver des solutions à ces nouvelles circonstances difficiles, notamment en matière de recherche sur les vaccins. Le Dr Reed a ajouté que diverses fondations travaillent actuellement ensemble à l’identification de chaînes d’approvisionnement qui leur permettraient de distribuer un vaccin, lorsqu’il sera disponible, afin que les différentes populations cibles ne dépendent pas que d’un seul fournisseur dans des contextes critiques similaires. Selon lui, il est très encourageant de constater un tel niveau de coopération, qui a pris forme presque du jour au lendemain.

Éducation 4.0 : à quoi ressembleront les écoles de demain ?

Le récent confinement a entraîné une utilisation généralisée des technologies de l’éducation (EdTech). Lors de cet échange dynamique animé par Phil Smith, président d’IQE, le Dr Andrew Cunningham, directeur monde à l’éducation pour l’AKF, a évoqué les meilleures pratiques concernant l’apprentissage à distance, les outils numériques et hybrides et la façon dont la salle de classe était en train de se transformer. Rose Luckin, directrice d’EDUCATE, et David Lefevre, directeur de l’EdTech Lab de l’Imperial College Business School, ont également participé à cette table ronde.

L’avenir de l’éducation

Le Dr Cunningham a commencé son intervention en expliquant comment la pandémie - et la fermeture des écoles à l’échelle mondiale - a encouragé les communautés éducatives à se pencher sur la façon de renforcer la résilience des enfants, leurs compétences de résolution de problèmes et leurs liens avec leurs propres familles, communautés et enseignants, soulignant que de nombreux programmes n’intègrent actuellement aucune de ces compétences pourtant essentielles.

Il a poursuivi en évoquant la difficulté de cette transition, en particulier dans les pays où la technologie et l’accès au téléphone ou à Internet sont extrêmement restreints pour de nombreuses personnes. Il a toutefois noté qu’au cours des derniers mois, lors desquels les familles ont eu à jouer un rôle beaucoup plus actif dans l’apprentissage de leurs enfants, un début de dialogue important pouvant commencer à combler le manque de connaissances entre les notions d’« éduquer » et d’« être éduqué » s’est installé, et ce malgré les obstacles liés à la pandémie.

Un « design thinking » participatif

Alors que la conversation s’est orientée vers les meilleures façons de créer des outils pédagogiques pertinents, notamment en matière de technologie, le Dr Cunningham a présenté aux participants un exemple concret de la manière dont le projet Schools2030 regroupe des partenaires internationaux - représentants de Ministères, enseignants, parents et élèves - pour faire face à des enjeux à l’échelle locale et garantir que les solutions mises en place soient durables et adaptées aux différents contextes. Il a précisé que même si ce processus aurait fini par être mis en place, la pandémie a poussé les partenaires de Schools2030 à réellement innover et à s’appuyer sur de nombreuses plateformes pour progresser et mieux répondre aux besoins des communautés au sein desquelles ils travaillent.

Un sentiment d’appartenance

Le Dr Cunningham a par la suite attiré l’attention des participants sur le cas de l’Afghanistan. Il a décrit comment l’AKF, le Bureau des Affaires étrangères et du Commonwealth (FCDO) - anciennement DFID - et d’autres partenaires y mettent en œuvre l’un des plus importants programmes d’éducation de jeunes filles du monde. Il a notamment expliqué comment la fermeture des écoles du pays a contribué à isoler de nombreuses jeunes filles, à les priver de tout sentiment d’appartenance à une communauté d’apprentissage et même à détruire leurs espoirs d'un avenir sans mariage précoce ou travail forcé.

Il a poursuivi en déclarant que la technologie est ainsi devenue essentielle pour aider les enseignants et les responsables de programmes à se rapprocher de ces jeunes filles et à leur rappeler que cette communauté est toujours là pour elles, mais d’une manière différente. En outre, le Dr Cunningham a ajouté que le débat autour de l’appartenance et du bien-être ayant émergé des mesures de confinement s’est mué en une occasion rêvée de progresser vers une « éducation 4.0 » en favorisant des environnements d’apprentissage plus inclusifs.

Technologie de l’éducation

La discussion s’est ensuite orientée vers le sujet de la « technophobie », Phil Smith ayant demandé au Dr Cunningham d’évoquer la situation dans d’autres pays. Sa réponse faisait écho à la discussion sur le « design thinking » (réflexion conceptuelle), laissant entendre que l’implication des enseignants dès les premières étapes de la conception des programmes technologiques et des outils pédagogiques permet d’adapter la technologie à leurs attentes et besoins. Selon lui, la pandémie a permis à beaucoup de personnes de découvrir la vie quotidienne d’un enseignant et de mieux comprendre leurs besoins.

Il a également appelé à la prudence, expliquant que nous risquons de « revenir » à ce qui s’est toujours fait, plutôt que de tirer des enseignements des trois derniers mois. Il a souligné que la communauté EdTech se doit de tirer parti de la technologie pour renforcer l’égalité, mais aussi de comprendre que les écoles elles-mêmes disposent des moyens pour développer cette égalité. Un tel engagement constituerait une occasion incroyable de progresser et de mettre sur pied des écoles véritablement inclusives répondant à l’ensemble des besoins des enfants.

Ce texte est une adaptation d’un article publié sur le site internet de la Fondation Aga Khan Royaume-Uni.

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