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  • Dans le village de Waras Centre, dans la province de Bâmiyân, des chefs traditionnels élus - hommes et femmes - se réunissent et discutent de la manière dont ils peuvent soutenir les initiatives en faveur de l’égalité entre les genres.
    AKDN / Conrad Koczorowski
Fondation Aga Khan
Histoires du Programme d’autonomisation des femmes afghanes

Depuis 2001, l’Afghanistan a fait des progrès notables par l’instauration de cadres législatifs et politiques visant à reconnaître les droits des femmes, conformément aux normes internationales. Toutefois, un élément clé manque encore à l’appel : donner aux institutions et aux citoyens les moyens d’encourager et de reconnaître ces droits qui n’existent que sur papier.

Le Programme d’autonomisation des femmes afghanes (AWEP) de la Fondation Aga Khan Canada (AKFC) est un projet de quatre ans qui vise à renforcer l’autonomisation des femmes en améliorant leur participation à la vie sociale et économique dans les provinces de Takhâr, de Baghlân et de Bâmiyân. En créant des institutions solides qui défendent l’égalité entre les sexes et en instaurant un environnement permettant aux femmes de saisir les occasions qui se présentent à elles, il est possible de donner à ces dernières les moyens sociaux et économiques de prendre des décisions sur leur avenir avec confiance et de devenir des membres actifs de la société qui les entoure.

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« Notre rôle a évolué et se rapproche davantage de celui des hommes. Nous avons enfin le sentiment de faire véritablement partie du foyer », déclare Benazir (à droite au premier plan), la comptable du groupe d’épargne communautaire Hamisha Bahar.
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Mais en pratique, à quoi cela ressemble ? Voici quelques histoires de la province de Bâmiyân :

Inventés dans le cadre du programme AWEP, les conseils consultatifs communautaires se composent de chefs traditionnels élus - hommes et femmes - qui se réunissent pour discuter de la manière dont ils peuvent soutenir les initiatives en faveur de l’égalité entre les sexes. Le conseil du village de Waras Centre, dans la province de Bâmiyân, n’a pas ménagé ses efforts pour améliorer la mobilité des femmes et promouvoir, par l’intermédiaire de chefs religieux, les raisons pour lesquelles les femmes devraient avoir le droit de décider de leur avenir. Ce travail est une réponse directe à un tragique événement survenu en 2016, lorsque des adolescentes de la communauté se suicidèrent après avoir fait face à l’interdiction de poursuivre des études universitaires.

Les conseils consultatifs communautaires interagissent avec les communautés par le biais d’émissions radio, de la prière du vendredi, de rassemblements communautaires et de visites en porte-à-porte auprès des familles.

Depuis 2016, le nombre de filles inscrites à l’école secondaire et de jeunes femmes en études supérieures à Waras Centre a atteint un palier historique - le plus élevé dans les registres de la communauté.

Le groupe d’épargne communautaire Hamisha Bahar a été formé dans le district de Waras en 2016. Chaque membre cotise à hauteur de 100 afghanis (environ 1,30 dollar) par mois. Au mois de juin 2019, le groupe avait accumulé 34 000 afghanis (environ 437 dollars).

À l’origine, ce groupe d’épargne était destiné à aider les femmes à envoyer leurs filles à l’école. Mais en 2019, les membres ont ouvert une échoppe pour y établir leur nouveau commerce de produits laitiers, qui leur permet désormais de gagner 6 500 afghanis (environ 87 dollars) par mois. Cette somme est partagée entre les femmes qui fournissent le lait à l’entreprise.

« La création de cette échoppe nous a donné envie d’apprendre d’autres corps de métier. Nous avons entendu parler d’autres femmes soutenues par l’AKF qui ont créé des entreprises de vente de miel, et nous aimerions nous aussi apprendre les bases de l’apiculture », explique Zulaikha, la responsable du groupe.

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Dans le village de Qawn Yari, en Afghanistan, 15 femmes qui étaient membres d’un groupe d’épargne communautaire se sont réunies autour du désir d’élever des moutons. Ensemble, elles ont fait une demande de financement pour créer leur entreprise auprès de l’AWEP.
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Il est de plus en plus courant de voir des femmes membres d’un même groupe d’épargne communautaire s’associer pour fonder des entreprises. Dans le village de Qawn Yari, 15 femmes qui étaient membres d’un groupe d’épargne communautaire se sont réunies de par leur intérêt commun pour l’élevage de moutons. Ensemble, elles ont fait une demande de financement pour créer leur entreprise auprès de l’AWEP. Les fonds obtenus leur ont permis de « s’auto-emprunter » pour investir dans leur entreprise, de rembourser leur prêt et de réinvestir dans leurs activités.

L’entreprise gagne désormais des revenus grâce à l’élevage de moutons tout au long de l’année : vente d’agneaux au printemps, vente de viande et de produits laitiers à l’été et à l’automne et vente de pulls et de manteaux en laine à l’hiver.

« Nous regagnons la valeur de chaque investissement que nous faisons, parfois au triple. Par exemple, j’ai acheté une brebis, et après avoir vendu son lait, son agneau et les produits fabriqués avec sa laine et finalement la brebis elle-même, j’avais engrangé près du triple du montant que j’avais emprunté à l’origine ! », explique Suraya, dirigeante de l’entreprise.

Dans le cadre de leur plan quinquennal, elles prévoient d’établir des relations régulières avec des centres plus importants et d’éventuellement ouvrir d’autres échoppes à Bâmiyân, principalement pour vendre leurs produits en laine. Elles espèrent un jour ouvrir une échoppe à Kaboul, la capitale, où elles ont déjà trouvé des clients pour leurs manteaux en laine.

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Le bouche-à-oreille fonctionne et l’entreprise commence à se faire connaître à Bâmiyân et à Kaboul. Désormais, elle reçoit des commandes de manteaux en laine de haute qualité, comme celui représenté sur la photographie.
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La société civile est un élément vital pour les communautés. Les organisations de femmes ou dirigées par des femmes peuvent jouer un rôle déterminant dans le renforcement de l’égalité entre les sexes et dans l’instauration d’un environnement permettant aux femmes de poursuivre des études ou de travailler.

Organization for Better Tomorrow in Afghanistan fait partie des six organismes de femmes soutenus par l’AWEP. Basée à Bâmiyân, cette organisation vise à renforcer le pouvoir économique des femmes et en particulier à aider ces dernières à travailler, y compris dans la fonction publique.

« On assiste à un changement à Bâmiyân... Les gens deviennent plus ouverts d’esprit et acceptent de voir des femmes dans les entreprises et même aux postes dirigeants », explique Hayatullah, directeur financier d’Organization for Better Tomorrow in Afghanistan.

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Les trois membres permanents d’Organization for Better Tomorrow in Afghanistan : Khadija, directrice (au centre), Said, directeur adjoint (à droite) et Hayatullah, directeur financier (à gauche).
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Grâce à la première micro-subvention qu’ils ont reçue de l’AWEP, les membres de l’organisation ont formé 344 jeunes femmes pour leur apprendre à chercher un emploi et à rédiger un CV. En quelques mois, près de 35 d’entre elles avaient déjà trouvé un poste permanent ou en contrat longue durée au sein du gouvernement.

Le chemin vers l’égalité totale entre les sexes reste long. Mais ces histoires de Bâmiyân font souffler un véritable vent d’espoir pour toute une nouvelle génération plus autonome de femmes et de jeunes filles afghanes.

Ce texte est une adaptation d’une présentation publiée par la Fondation Aga Khan Canada.