Vous êtes ici

Vous êtes ici

  • Une jeune Afghane sur deux abandonne l’école après la sixième à cause des pressions familiales concernant le mariage.
    AKDN
Fondation Aga Khan et Services d’éducation Aga Khan
Faire évoluer les mentalités à l’égard de l’enseignement secondaire en Afghanistan

« Éduquer un homme, c’est éduquer un individu, éduquer une femme, c’est éduquer une famille. » -- Proverbe afghan

Après des décennies de guerre, l’accès à l’éducation reste un défi en Afghanistan, alors que les taux d’alphabétisation - parmi les plus bas du monde selon l’UNESCO - sont particulièrement faibles chez les femmes des régions rurales. Des mères ayant participé à un groupe de discussion à Kaboul ont reconnu le problème :

« La plupart des personnes pensent que les jeunes filles âgées de 14 ans ou plus ne devraient pas aller à l’école, tandis que d’autres arrangent déjà leur mariage. Les mentalités n’ont pas vraiment évolué. »

Des recherches ont montré que 50 % des jeunes filles abandonnent l’école après la sixième, lorsqu’elles atteignent la puberté, afin de démontrer leur capacité à respecter les normes sociales. Elles arrivent à un âge où leurs familles considèrent les prétendants potentiels et assument également la responsabilité de la perpétuation du « nom de famille », qui l’emporte sur la valeur de l’éducation.

Tabasum, une élève de 17 ans en premier cycle secondaire dans une classe d’éducation communautaire (CBE) de la province de Fâryâb, a cinq sœurs qui n’ont jamais eu la chance d’entrer en cycle secondaire après avoir terminé leurs études primaires. Leur père avait en effet décidé qu’elles devaient toutes être mariées avant 18 ans. Le même sort attendait Tabasum. Elle se souvient :

« J’étais vraiment frustrée et ai perdu tout espoir quand ma famille a commencé à évoquer mon mariage. J’ai expliqué à mes parents que je ne voulais pas me marier aussi jeune et leur ai dit que je souhaitais terminer mon cursus secondaire, car je rêvais de devenir enseignante. Mais ils ont quand même continué à planifier mon mariage. »

Outre la menace du mariage précoce, les adolescentes manquent souvent l’école pour aider leur mère dans les tâches ménagères à mesure qu’elles grandissent. Rokhsar, une élève de cinquième d’une classe d’éducation communautaire de la province de Khost, était très souvent absente. Sa mère, elle-même analphabète, pensait que les tâches ménagères étaient plus importantes que son éducation et avait un jour déclaré :

« Quel intérêt y a-t-il à ce qu’elle soit éduquée ? Ma belle-famille se fâche lorsque les tâches ménagères ne sont pas faites à temps, et elle souhaite que j’y implique Rokhsar, car apprendre à réaliser ces différentes tâches pourra l’aider lorsqu’elle entamera sa vie de couple. Elle est la cause de disputes au sein de la famille. »

Le Programme STAGES II (Steps Towards Afghan Girls’ Education Success - Initiatives pour la réussite scolaire des jeunes filles afghanes), financé par le Département du développement international britannique (DFID) par l'intermédiaire de son programme de subventions du Fonds « Girls’ Education Challenge » et mis en œuvre par un consortium de partenaires sous l’égide de la Fondation Aga Khan (AKF), travaille avec des mollahs, des membres de comités de gestion scolaire (SMC) et des enseignants afin de faire évoluer les mentalités progressivement et d’obtenir l’aval des communautés pour que les filles puissent aller à l’école. Les membres des SMC et la communauté locale jouent un rôle fondamental en encourageant les parents à autoriser leurs filles à aller à l’école et suivent la formation du Programme STAGES sur la résolution de conflits et le suivi de l’absentéisme ou de l’abandon scolaire.

Les femmes membres des SMC et les enseignantes jouent un rôle particulièrement important en expliquant aux mères l’importance de l’éducation de leurs filles. Dans le cas de Rokhsar, des membres d'un SMC ont rendu visite à sa mère et tenté de trouver une solution à son problème. Ensemble, ils ont élaboré une liste de tâches ménagères et un emploi du temps pour chaque tâche afin que Rokhsar puisse en effectuer quelques-unes après les cours. Ils ont demandé à sa famille d’organiser les tâches ménagères sans se disputer et ont convaincu sa mère de la soutenir et d’être patiente avec elle afin qu’elle puisse poursuivre ses études. Certaines mères se sont exprimées à cet égard au cours d’un groupe de discussion organisé dans la province de Baghlân :

« Nos filles s’instruisent à l’école et, de notre côté, nous gérons les tâches ménagères afin qu’elles puissent poursuivre leurs études. »

L’enquête intermédiaire du Programme STAGES a montré une diminution de 20 % du nombre d'hommes accordant la priorité au mariage par rapport à l’école depuis le lancement du projet, ce qui révèle un changement dans les mentalités à l’égard des femmes instruites et de leur valeur au sein des ménages. Les parents attendent de plus en plus pour marier leurs filles, jusqu’à ce que celles-ci aient terminé leurs études. En outre, le mariage est de moins en moins considéré comme une raison d’abandonner l’école pour les élèves du premier cycle secondaire. Un mollah du district de Khinjan, dans la province de Baghlân, s’est exprimé à ce sujet :

« Ici, les filles sont mariées à un jeune âge, mais je recommande aux familles de retarder le mariage ou de permettre à leurs filles de continuer leurs études après le mariage. »

Le Programme STAGES fait donc une différence dans la vie de centaines d’adolescentes à travers le pays en leur permettant d’aller à l’école près de chez elles et en abordant les obstacles culturels auxquels elles peuvent faire face. Gulnara, une adolescente de 16 ans vivant dans le district de Sherin Tagab, dans la province de Fâryâb, a ainsi pu réaliser son rêve d’aller à l’école grâce à l’ouverture d'une classe d’apprentissage accéléré dans son village. Ses parents l’avaient toujours empêchée d’aller à l’école, mais des membres actifs d’un SMC les ont convaincus de l’inscrire et ont même réussi à retarder son mariage avec un cousin pour éviter qu’elle ne quitte l’école après un an. Elle est désormais l’une des étudiantes les plus actives de sa classe et a plus confiance en son avenir :

« Avoir accès à l’éducation me permettra de faire entendre ma voix et de participer au processus de prise de décisions dans ma famille et pour mon avenir. J’aimerais également essayer d’encourager d’autres familles à envoyer leurs filles à l’école. »

Comme l’a rapporté le Réseau sur les politiques et la coopération internationales en éducation et en formation (NORRAG) dans son numéro spécial 02 publié en avril 2019 : « l’éducation communautaire est une bonne pratique éprouvée en Afghanistan... Une ouverture pour les enfants ne pouvant accéder à l’éducation en raison du manque d’écoles, des longues distances, de l’insécurité et des normes culturelles conservatrices qui touchent en particulier les filles ». Fort du succès de la première phase du Programme STAGES (2013-2017), dont l’approche d’éducation communautaire a impliqué plus de 351 000 Afghans des régions rurales pour contribuer à l’amélioration de l’éducation des filles et dont les évaluations externes ont fait ressortir les solutions adaptées pour l’éducation et l’alphabétisation des filles, le Programme STAGES II développe désormais les activités du projet afin de contribuer à l’élaboration de la politique nationale sur l’éducation communautaire et sur l’éducation des filles. Ces activités incluent :

  • la mise en place de classes d’éducation communautaire au sein des communautés rurales éloignées des écoles publiques afin d’améliorer l’accès à l’éducation ;
  • la création d'un environnement favorable permettant aux adolescentes de s’inscrire et de rester à l’école ;
  • la création de classes d’éducation communautaire mettant en œuvre un programme d’apprentissage accéléré pour les filles de plus de 10 ans n’ayant jamais fréquenté d’école publique afin qu’elles puissent étudier l’équivalent de deux niveaux académiques en une année et rattraper leurs camarades ;
  • et la création de classes d’éducation communautaire de premier cycle en enseignement secondaire pour permettre aux filles de poursuivre leur cursus scolaire au sein de leur communauté après la sixième et de rester ainsi près de chez elles, ce qui est mieux accepté sur le plan culturel.

Le Programme STAGES II est un projet financé par UKAID, mené par la Fondation Aga Khan (AKF) et mis en œuvre par l’AKF, Save the Children, CARE, Catholic Relief Services, les Services d’éducation Aga Khan (AKES) et l’Organisation afghane pour l’éducation dans 16 provinces en Afghanistan.

Ce texte est une adaptation d'un article écrit par Sarah Cottereau pour le site internet de la Fondation Aga Khan Royaume-Uni.

akf-afghanistan-049a0101.png


L’enquête intermédiaire du Programme STAGES a montré une diminution de 20 % du nombre d'hommes accordant la priorité au mariage par rapport à l’école depuis le lancement du projet, ce qui révèle un changement dans les mentalités à l’égard des femmes instruites et de leur valeur au sein des ménages.
Copyright: 
AKDN

Récemment sur AKDN

Sur le terrain
16 Octobre 2019
10 Octobre 2019