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  • Un agronome explique à des agriculteurs comment entretenir leurs champs de maïs.
    Kelvin Atuhaire
Nation Media Group
Aider les agriculteurs de l’ouest de l’Ouganda à passer à une agriculture intelligente face au climat

Augmenter la production agricole et la protéger face aux aléas météorologiques, aux ravageurs et aux maladies sans nuire à l’environnement est un enjeu de recherche crucial pour les scientifiques. Alors que la planète compte de plus en plus de bouches à nourrir, les terres cultivables sont surexploitées et les saisons climatiques ne sont plus fiables.

Dans l’optique de contribuer à trouver des solutions à ces problèmes, le Nation Media Group (NMG) a apporté son soutien à la série de conférences « Seeds of Gold Farm », qui s’est achevée en Ouganda en décembre 2019 à l’Institut zonal de recherche et de développement agricole de Buginyanya (BugiZARDI) et qui visait à promouvoir une agriculture intelligente face au climat pour renforcer la sécurité alimentaire.

Dans son discours d’ouverture, le Dr Lawrence Owere, directeur du BugiZARDI, a pointé du doigt les défis climatiques qui sont au cœur des recherches menées dans les stations de l’Organisation nationale pour la recherche agricole (Naro).

« Nous devons trouver des moyens de faire face au changement climatique. Les chercheurs de la Naro travaillent actuellement à la création de végétaux résistants à la sécheresse pour les agriculteurs afin de les aider à améliorer leurs pratiques et à produire davantage dans un tel contexte », a-t-il déclaré.

Amélioration de la production de plants de pommes de terre

Lors de ces conférences, les participants ont découvert le concept révolutionnaire de bouture apicale racinée, une nouvelle méthode développée par le Centre international de la pomme de terre.

Auparavant, les plants de pommes de terre étaient lourds à transporter et leur qualité n’était pas garantie. Le principe de bouture apicale racinée a le potentiel d’accroître la production de plants tout en minimisant les dépenses. Cette méthode consiste à utiliser des plantules issues de la culture tissulaire comme plantes mères qui, une fois placées dans un substrat en fibre de coco, produisent de nouvelles pousses qui donnent d’autres boutures.

En six semaines, une seule plante mère peut produire jusqu’à 10 pousses donnant de nouvelles boutures, et jusqu’à plus de 15 en 12 semaines. Ces boutures sont ensuite mises en semis et, une fois racinées, elles sont transférées sous une ombrière ou en plein champ afin de produire des plants de pommes de terre. Selon Michael Bosli, un producteur de plants de pommes de terre originaire du district de Kween, à l’est du pays, cette technique à faible coût permet d’obtenir des espèces intelligentes face au climat.

« Cette méthode de production des plants est cruciale pour l’augmentation de la productivité des systèmes de culture de la pomme de terre et de l’efficacité de l’utilisation des ressources », a-t-il déclaré.

De nombreux avantages découlent de cette pratique ; les plants sont sains et moins chers que les tubercules utilisés traditionnellement, chacun ne coûtant que 500 shillings ougandais.

Selon lui, avec cette méthode, environ 400 boutures suffisent pour couvrir un peu plus de 4 000 m², alors qu’il faudrait huit sacs de tubercules classiques pour couvrir la même zone.

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Un agronome explique à des agriculteurs comment la chenille légionnaire d’automne a profité du changement climatique pour s’attaquer aux champs de maïs.
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AKDN

Blé résistant à la sécheresse

Le BugiZARDI est également en passe d’accroître la production de blé sur les hauts plateaux et de la développer dans les régions de moyenne altitude. L’Institut se penche sur ces deux types de régions en partie parce que les terres des hauts plateaux ne sont pas facilement exploitables et qu’il en existe davantage à des altitudes plus basses, entre 1 000 et 1 500 m au-dessus du niveau de la mer.

Selon Stephen Wobibi, un technicien agricole supérieur, les variétés candidates sont mises à l’essai dans des conditions semi-arides afin d’observer leur comportement et de déterminer leur tolérance à la chaleur.

« Les résultats sont excellents, et nous devrions être en mesure de fournir ces nouvelles variétés aux agriculteurs d’ici peu », a-t-il déclaré.

L’Ouganda fait toutefois toujours face au défi des nombreuses importations, qui constituent jusqu’à 95 % des produits disponibles sur le marché.

Sylviculture durable

À la suite de la publication de récentes études suggérant que la couverture forestière a diminué de 90 000 hectares entre 1990 et 2010 en Ouganda, les initiatives de plantation d’arbres se sont intensifiées.

Lors des conférences, les représentants du Centre international pour la recherche en agroforesterie (ICRAF) ont mis en exergue les meilleures pratiques de sylviculture susceptibles de garantir la sécurité alimentaire et la durabilité environnementale. Plusieurs variétés d’arbres adaptées à l’environnement ougandais ont ainsi été exposées.

L’ICRAF a également présenté des « arbres productifs », des variétés plus résistantes et rentables, mais qui ne mettent pas en péril la santé du sol, de la terre et des personnes. 

Geoffrey Kimenya, un spécialiste de l’agroforesterie, a expliqué qu’il est important de planter des arbres adaptés à l’environnement afin d’obtenir les meilleurs résultats.

La finance au cœur de l’agriculture

Sans financement, toutes les bonnes pratiques agricoles peuvent se révéler vaines. Cependant, l’Ouganda met désormais à disposition des agriculteurs des plateformes depuis lesquelles ils peuvent obtenir un financement.

Le dispositif de crédit agricole (ACF) de la Banque d’Ouganda est un outil essentiel auquel les agriculteurs peuvent accéder pour développer leurs activités.

Créé en octobre 2009 dans le but de faciliter l’octroi de financements à moyen et long terme en faveur de projets d’agriculture et d’agrotransformation et principalement axé sur la commercialisation et l’apport de valeur ajoutée, l’ACF permet aux agriculteurs de jouir d’une plus grande liberté financière.

Sarah Mubuke Nantongo, analyste budgétaire principale à la Banque d’Ouganda, a souligné que l’ACF s’adapte lui aussi au changement climatique, notamment par la mise en place d’un délai de grâce de trois ans et d’une période de prêt pouvant s’étendre jusqu’à huit ans.

« Il est nécessaire que les agriculteurs puissent emprunter pour transformer leurs activités agricoles en cette période de grande instabilité météorologique », a déclaré Mme Mubuke. L’ACF est disponible dans toutes les institutions de microfinance acceptant les dépôts et dans toutes les institutions de crédit.

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Sarah Mubuke Nantongo, analyste budgétaire principale à la Banque d’Ouganda, s’exprime lors d’une conférence.
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AKDN

De son côté, l’Agricultural Business Initiative (aBi) finance également des projets agricoles en encourageant l’emprunt.

En collaboration avec des institutions financières telles que BRAC et Opportunity Bank, ainsi qu’avec les Organisations coopératives d’épargne et de crédit (Saccos), l’aBi subventionne les prêts jusqu’à 50 % lorsque des événements naturels affectent la production ou lorsque les agriculteurs ont des excédents de stock et sont dans l’incapacité de les rembourser à temps.

« Les agriculteurs qui empruntent n’ont plus à s’inquiéter lorsqu’ils subissent les effets d’une catastrophe naturelle, car nous sommes en mesure de les aider pour que les banques minimisent leurs pertes », a déclaré George Mutaggubya, directeur de la représentation et de la communication de l’aBi.

Par George Katongole