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  • Selon les parents, des enseignants bien formés et motivés comme Shanila Parveen transforment la qualité générale des écoles de leurs enfants.
    AKDN / Christopher Wilton-Steer
Programme d'amélioration scolaire de la Fondation Aga Khan
À Chitral, au Pakistan, les enseignants se portent en champions du changement

Dans le district de Chitral, l’un des plus reculés du nord du Pakistan, la manière dont les élèves apprennent à l’école est actuellement en mutation. Ces jeunes qui étaient autrefois démotivés sont désormais curieux, créatifs et passionnés. De ce fait, leurs résultats scolaires sont au plus haut. Mais comment expliquer ce changement ? Pour commencer, les enseignants emploient de nouvelles méthodes pédagogiques.

En 2016, le Programme d'amélioration scolaire (SIP) de la Fondation Aga Khan (AKF) a été déployé dans plusieurs écoles choisies dans les régions montagneuses du nord du Pakistan. Désormais, le SIP est mis en œuvre dans plus de 270 écoles publiques et communautaires à travers 10 vallées du Gilgit-Baltistan et six vallées dans le district de Chitral.

Ce programme a pour objectif fondamental d’améliorer les résultats scolaires des enfants en renforçant les capacités de tous les acteurs concernés pour les soutenir dans cette entreprise. L’une des étapes centrales du SIP consiste à aider les enseignants à transformer leurs salles de classe en environnements propices qui suscitent la curiosité et l’appréciation des élèves vis-à-vis de l’apprentissage.

Les enseignants, des agents du changement

Dans le cadre du SIP, les enseignants suivent des formations sur l’encadrement pédagogique, la planification du développement scolaire, l’éducation et le développement de la petite enfance, le Programme de lecture pour les enfants [de la Fondation Aga Khan] , l’enseignement en classes multiniveaux et les communautés de pratique dans le domaine de l’éducation. Ces enseignants forment ensuite leurs collègues dans leurs écoles respectives sur ce qu'ils ont appris et constituent des groupes dans les écoles primaires et secondaires voisines pour partager les meilleures pratiques dans le domaine. Cela a eu un impact profond sur la façon dont ils dispensent leurs cours et dont les élèves les assimilent.

« Avant, les élèves s’ennuyaient beaucoup », déclare avec franchise une enseignante de la très reculée vallée de Khot, en référence à l’ancienne méthode basée principalement sur la mémorisation par cœur. « Certains élèves ne venaient même plus à l’école. Désormais, nous utilisons diverses ressources, et les salles de classe se sont muées en des espaces interactifs plus propices à l’apprentissage des élèves. »

Selon elle, cette évolution a transformé les élèves, qui inventent désormais des concepts et sont plus créatifs. Les plus timides, qui restaient avant au fond de la classe, occupent maintenant le devant de la scène et s’expriment sans gêne. Trouver ce qui intéresse ces enfants et le relier aux leçons est un moyen clé pour encourager leur participation.

« Désormais, nous ne nous appuyons pas uniquement sur des manuels », déclare Jafar Saib, un enseignant et membre proéminent de l’équipe d’assurance qualité du programme basée à Chitral. « Nous utilisons également des journaux, internet et d’autres ressources. Nous savons maintenant comment canaliser nos différentes énergies. Avant, la participation était médiocre, aujourd'hui, elle est à son pic. De plus, personne ne nous posait de questions sur notre métier. Désormais, on nous pose des questions sur les défis et les problèmes que nous rencontrons, et nous recevons des conseils et des retours. »

L'une des plus grandes forces du programme est sa capacité à exploiter les principales motivations des enseignants pour les impliquer et leur donner les moyens de se porter en véritables champions du changement éducatif. Beaucoup d’entre eux déclarent aujourd'hui éprouver du plaisir à enseigner. Une enseignante a même comparé le plaisir de l’enseignement à l’entretien d’une plante :

« C’est comme avec une graine. On est heureux si elle pousse. Mais on est malheureux si elle ne pousse pas. Quand les élèves comprennent les concepts abordés en classe, c’est un moment de bonheur pour l’enseignant. »

Les enseignants aux commandes

Dans la vallée de Garam Chasma (littéralement « sources chaudes »), Shanila Parveen est en première ligne de cette mutation de l’éducation. Elle est l’unique enseignante d'une école primaire publique soutenue par le SIP. Chaque jour, elle marche trois heures aller et trois heures retour pour aller enseigner dans son école et assurer à ses élèves une bonne éducation. Grâce au soutien et aux formations de l’AKF, elle a contribué à lancer un centre de développement de la petite enfance dans son école et à recruter des mères pour l’aider à dispenser les cours.

« Après le lancement du projet, l’environnement de mon école a changé », déclare-t-elle avec entrain. « Maintenant, les parents échangent avec moi, et nous suivons les progrès des enfants ensemble. »

Shanila souligne également le regain d’énergie parmi ses élèves, qu’elle attribue à ses nouvelles méthodes ainsi qu’au changement physique opéré au sein de l’école. Auparavant, le bâtiment n’était orné d’aucun tapis et d’aucune décoration. Aujourd’hui, ses sols sont couverts de tapis et ses murs de dessins colorés. Mais le véritable moteur du changement se trouve dans ses nouvelles compétences en enseignement et son envie de les appliquer.

« Le SIP m’a aidée à travailler dur et à gérer des classes multiniveaux », déclare Shanila. « D’autres enseignants se demandent ‘Comment pouvons-nous faire tout cela ? Comment pouvons-nous gérer plusieurs classes et le développement de la petite enfance en parallèle ?’ Mais avec les bons outils, une bonne formation et du soutien, c’est possible. »

Les mères d’élèves scolarisés dans son école ont également remarqué les changements survenus, qu’elles attribuent au SIP et au travail de Shanila.

« Désormais, quand ma fille rentre de l’école, elle m’explique tout ce que son enseignante a fait. Elle est ravie de pouvoir en parler », selon l’une des mères. « La motivation de Shanila nous encourage toutes à prendre part à l’éducation de nos enfants. »

Une autre mère souligne l’importance d’avoir des enseignants engagés et impliqués dans l’école de ses enfants. « Nous ne pouvons pas nous permettre de les envoyer dans une autre école. Si le gouvernement met en poste des enseignants motivés, cela change toute la qualité de l’école. Nous voulons voir cela dans toutes les écoles publiques. »

Les parents ont désormais la sensation que leurs enfants reçoivent une éducation véritablement qualitative. D’autres parents de Garam Chasma ont également remarqué cette évolution, certains ayant même décidé de transférer leurs enfants d’écoles privées aux écoles publiques soutenues par le SIP.

« J’ai transféré mon enfant de son école privée à cette école, parce que je sais comment celle-ci fonctionne », déclare une mère. « Je peux venir dans la bibliothèque et dans les classes de développement de la petite enfance. Je suis très heureuse de constater ses progrès et de voir l’entrain des enseignants. »

Le SIP favorise le professionnalisme au sein des écoles et crée des espaces propices pour que les enseignants puissent parler de politique et des actualités locales. Ce projet a eu un effet « boule de neige » dans toute la vallée.

« Nous sommes plus respectés dans la société », selon un enseignant. « Avant le déploiement du programme, la communauté ne voyait pas l'intérêt des écoles publiques, seule l’éducation privée était privilégiée. Désormais, toute la communauté prend part à l’apprentissage à l’école. » Il explique également que 15 élèves ont été transférés d’écoles privées à son école publique soutenue par le SIP.

Vers l’amélioration de plus d’écoles

L’approche du SIP repose sur la conviction que tous les membres d'une communauté scolaire, des parents et enseignants aux responsables gouvernementaux, peuvent contribuer de manière concrète à l’amélioration des résultats scolaires des enfants. Bien que le SIP ait rencontré un franc succès dans les écoles où il a été déployé, de nombreuses écoles sont encore laissées pour compte. En 2018, seulement 21,5 % des écoles primaires, des collèges et des lycées de Chitral avaient reçu une aide. Pourtant, l’envie de changement est bien là. Un enseignant du programme l’explique :

« De nombreuses personnes d’autres écoles, dont des écoles privées, viennent nous voir pour nous demander comment fonctionne le modèle que nous mettons en œuvre. À mesure qu’ils constatent l’accroissement de l’enthousiasme des enseignants et l’implication des parents, ils développent l’envie de participer au programme eux aussi. »

L’idée est désormais de diffuser ce message dans un plus grand nombre d’écoles afin que les enseignants de tout le nord du Pakistan, indépendamment de leur origine ou milieu, puissent se porter en champions de la mutation de l’éducation.

Ce texte est une adaptation d’un article paru à l’origine sur le site internet de la Fondation Aga Khan États-Unis.

 Je pense qu’il serait bien de préciser que ce programme est également une initiative de l’AKF.

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