Vous êtes ici

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  • « Aujourd’hui plus que jamais, le monde a besoin de médecins, d’infirmiers et de sages-femmes, de pédagogues et de journalistes, d’experts en systèmes de santé et d’épidémiologistes ; il a besoin d’hommes et de femmes comme vous pour transformer l’horizon », a déclaré Anam Ehsan.
Cérémonie internationale virtuelle de remise des diplômes de l’Université Aga Khan

Monsieur le chancelier,
Madame l’invitée d’honneur,
Mesdames et Messieurs.
Chers camarades,

À tous les membres de la promotion 2020 de l’Université Aga Khan (AKU), ou comme un ami nous a un jour appelés en plaisantant, « La promotion COVID de l’Université Aga Khan ». Cette cérémonie sort peut-être des sentiers battus, alors que certains d’entre vous portent probablement un masque sur le visage, ou que d’autres vivent cet instant avec leurs proches, qui se trouvent pourtant à des centaines de kilomètres, mais aujourd’hui, même une pandémie mondiale ne pourrait nous empêcher d’obtenir notre diplôme. Chère promotion 2020 de l’AKU, je vous félicite ! Vous avez réussi. Nous avons tous réussi. Avant de revenir sur ce que nous célébrons aujourd’hui, je voudrais prendre un instant pour vous parler de quelques personnes.

Ayesha a 4 ans. Elle vit dans un village du Pakistan, ne va pas à l’école et n’a pas l’occasion de jouer et de rire avec ses camarades de classe. Au lieu de cela, elle est à genoux, en train de balayer pour gagner de l’argent pour sa famille. Elle fait partie des 22,5 millions d’enfants non scolarisés au Pakistan. Simoni est un orphelin tanzanien âgé d’à peine quelques jours. Sa mère est morte en couche, alors qu’elle donnait naissance à son fils dans un bus. La Tanzanie fait partie des pays ayant le plus fort taux de mortalité maternelle au monde. Njuguna (Jookuna) est infirmier en résidence à Murang, au Kenya. Il est le seul professionnel de la santé disponible pour les 8 000 personnes de sa région. Il doit demander de l’aide à l’agent d’entretien pour assurer le fonctionnement de son dispensaire. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande un ratio d’environ 25 infirmiers pour 10 000 personnes. Au Kenya, ce chiffre ne dépasse pas les huit.

J’ai conscience que c’est une note plutôt sombre pour entamer un événement aussi joyeux, mais si je partage ces histoires avec vous, c’est dans un but bien précis. Vous tous qui portez aujourd’hui ce magnifique costume vert après avoir sué sang et eau ne célébrez pas seulement le résultat de votre dur labeur, de vos sacrifices et vos réussites, mais bien plus encore. Vous célébrez l’espoir que vous représentez pour Ayesha, Simoni, Njugana (Jookuna) et des milliers d’autres. Vous célébrez le fait d’être des initiateurs de changement et des leaders au sein des nations qui vous ont construits et qui ont aujourd’hui besoin de vous, mais également au sein d’un monde actuellement confronté à la pire crise humanitaire de notre vie avec la COVID-19. Aujourd’hui plus que jamais, le monde a besoin de médecins, d’infirmiers et de sages-femmes, de pédagogues et de journalistes, d’experts en systèmes de santé et d’épidémiologistes ; il a besoin d’hommes et de femmes comme vous pour transformer l’horizon, pour faire en sorte que de telles souffrances cessent et que nous tous, au sein de nos nations et de notre humanité commune, soyons mieux préparés. Je suis convaincue que vous et moi pouvons jouer un rôle déterminant et ouvrir la voie à ce changement capital. Pourquoi ?

Parce qu’au fil des années, j’ai grandi aux côtés de beaucoup d’entre vous. J’ai appris en personne ce que l’étudiant de l’Université Aga Khan représente : engagement, leadership et talent. Cet étudiant fait tout simplement partie des meilleurs. Mais ce n’est pas la seule chose que je retiens de mon cursus à l’AKU. Ensemble, nous avons passé des heures à nous faufiler dans les amphithéâtres, à avoir des fous rires les soirs d’examen ou à nous entraîner au centre sportif. Nous avons également connu des jours plus difficiles, où le père d’un patient nous prenait la main en pleurant et en nous suppliant de sauver son enfant, et d’autres où il nous est arrivé de prescrire accidentellement un EEG au lieu d’un ECG. Tous ces moments, qu’ils soient joyeux, tristes, éreintants ou gratifiants, ont abouti à la formation d’innombrables souvenirs et à cette journée bien méritée.

Rien de tout cela n’aurait pu être possible sans les agents de sécurité, le personnel d’entretien, les bibliothécaires, les cuisiniers et les membres de l’administration de l’AKU - merci à vous tous de faire de chaque jour une réalité. Je remercie également nos remarquables professeurs, nos amis, nos familles, et ceux qui sont probablement encore plus heureux que nous en ce moment, à savoir nos proches et surtout nos parents. Cette journée est autant la vôtre que la nôtre. Enfin, je remercie l’homme qui a façonné notre avenir à tous, Son Altesse Royale, le chancelier.

J’aimerais terminer sur les deux notions importantes que sont la famille et l’espoir. Aujourd’hui, nous ne représentons pas l’Université Aga Khan de Nairobi, du Kenya, de l’Ouganda, du Royaume-Uni ou du Pakistan, mais simplement l’Université Aga Khan. La famille de l’AKU, dont tous les membres sont inextricablement liés les uns aux autres, peut, comme toutes les familles, en faire parfois un peu trop, mais elle sera toujours là pour nous. Aujourd’hui, alors que nous nous apprêtons à quitter le nid, je m’autorise à espérer. J’ai l’espoir que si nous donnons le meilleur de nous-mêmes, si nous sauvons une vie, si nous éduquons un enfant, si nous transformons une histoire, nous aurons déjà accompli de grandes choses. J’ai l’espoir qu’ensemble, nous connaîtrons un avenir meilleur. Chers camarades, depuis l’année dernière, nous vivons une période qui marquera l’Histoire de son empreinte, et je pense qu’il est grand temps que vous et moi volions de nos propres ailes et commencions à écrire un nouveau chapitre. Je suis impatiente de voir ce que vous allez accomplir. À de nouvelles aventures !