Vous êtes ici

Vous êtes ici

  • Afroj va à la rencontre des agriculteurs, en respectant les distances de sécurité, afin de les sensibiliser à l’impact du virus et de leur expliquer les mesures de protection à prendre.
    AKDN
Protéger les sources de revenus des agriculteurs durant la pandémie de COVID-19 dans le Bihar, en Inde

Avec la Fondation Aga Khan (AKF), Afroj Alam travaille auprès d’agriculteurs du Bihar afin d’améliorer la qualité de leurs cultures de légumineuses et d’accroître leurs revenus. Dans cette entrevue, il nous explique comment la pandémie de COVID-19 perturbe ses activités et comment lui et ses partenaires s’adaptent à la situation afin de continuer à soutenir les agriculteurs de la région.

Quand avez-vous appris l’existence du COVID-19 ? Qu’avez-vous pensé ou ressenti à ce moment ?

J’ai appris l’existence du COVID-19 au moment des célébrations de la fête de Holi dans mon village. C’est à cette période que les chaînes d’information ont commencé à parler du virus en boucle. Au départ, je n’étais pas très inquiet, car il n’y avait aucun cas positif dans notre zone, mais mon frère aîné, qui est ouvrier agricole à Maurice, m’a appelé peu de temps après à ce propos et m’a demandé de me protéger. Je n’avais cependant jamais imaginé que cet événement puisse prendre autant d’ampleur et que le virus puisse faire changer les choses aussi radicalement.

Le 21 mars, une réunion d’urgence sur le COVID-19 a été organisée dans mon bureau. Tous les employés ont été priés d’arrêter leurs activités administratives et de terrain pour rester chez eux. L’annonce de cette nouvelle nous a fait l’effet d’un choc, car nous n’avions jamais été confrontés à une situation aussi alarmante. Bien que je travaille principalement dans le cadre du projet « Pulses » (Légumineuses), nous intervenons aussi régulièrement lors de catastrophes comme des inondations, des séismes ou des incendies, et j’ai personnellement pris part à des opérations de secours lors d’inondations dans le Bihar par le passé. Nous sommes habitués à travailler dans les situations d’urgence, mais cette fois-ci, nous avons été appelés à rester chez nous et à prendre des mesures de protection. À partir de ce moment, j’ai vu ma façon de penser et mon quotidien changer, car je n’ai pas l’habitude de rester chez moi à ne rien faire.

Au début, j’ai eu peur, mais le travailleur social dans l’âme que je suis pensait constamment à notre communauté, notamment aux familles marginalisées, exclues ou celles dont la plupart des membres sont analphabètes. La récolte du blé et des lentilles se fait au mois de mars, j’ai donc commencé à réfléchir à des moyens d’acheminer les produits sur les marchés malgré le confinement. Si les agriculteurs ne peuvent pas vendre leurs récoltes sur les marchés, ils perdent leur moyen de subsistance, ce qui les met non seulement en danger sur le moment, mais également pour la saison prochaine, car ils ont besoin d’argent pour acheter des semences à planter l’année suivante.

akf-india-1fu9dmsulnbaghgbgqydgtg.jpg

Les chaînes d’approvisionnement en semences et en engrais ont été perturbées par la pandémie.
Copyright: 
AKDN

Étant moi-même fils d’un petit exploitant agricole, je connais bien les défis auxquels les agriculteurs font face. Pour eux, le temps ne s’arrête pas. Lorsqu’un champ est prêt pour la moisson, ils doivent récolter, puis vendre leurs produits sur les marchés, sous peine de ne pas pouvoir tout stocker ou d’en perdre une partie. J’ai donc décidé d’agir et d’aider les agriculteurs coûte que coûte.

Quel a été l’impact du COVID-19 sur vous et votre communauté ?

Tous les habitants de mon village ont très peur. En raison des mesures de distanciation sociale et des directives strictes du gouvernement, il est devenu très difficile d’entrer en contact avec les agriculteurs, puisque nous ne pouvons pratiquement plus nous voir en personne. Cependant, nous suivons les directives à la lettre afin de protéger nos familles et notre communauté.

Les forces de l’ordre patrouillent dans mon village ainsi que dans les autres villages des environs. Cette pandémie fait régner un sentiment de crainte. Ma fille est née récemment, et les très jeunes enfants étant vulnérables, nous prenons toutes les mesures préventives et dispositions possibles pour la protéger. Je suis parfois amené à sortir de chez moi pour le travail, et lorsque je reviens, je n’ose même pas la prendre dans mes bras. Les membres de ma famille m’ont également conseillé de ne pas la toucher ou jouer avec elle, en particulier lorsque je reviens de l’extérieur.

Certaines personnes qui revenaient des grandes villes ont immédiatement été placées dans des centres de quarantaine pendant au moins 14 jours et n’ont pas eu le droit d’entrer dans le village à leur arrivée. Elles ont donc dû vivre cette période de quarantaine dans une école aménagée à cet effet située à la sortie du village. Elles ne pouvaient sortir après deux semaines et entrer dans le village que si elles n’avaient manifesté aucun symptôme. De nombreuses familles reposent sur les revenus de certains de leurs membres qui travaillent dans les plus grandes villes. Aujourd’hui, la situation est devenue difficile pour ces familles, puisque beaucoup de personnes ne peuvent plus travailler. En raison du confinement total, certains ne reçoivent plus de salaire depuis deux mois. Dans les cas où le mari vit dans une grande ville, ce dernier doit subsister grâce à ses économies et n’est pas en mesure d’envoyer de l’argent à sa famille.

Les saisonniers et les ouvriers payés à la journée n’ont plus de travail non plus, ce qui aggrave la situation de leurs familles. En outre, seuls les véhicules approuvés sont autorisés à circuler sur les routes, ce qui fait que les personnes qui dépendent des services de transport n’ont plus de travail. Dans de nombreux cas, les agriculteurs sont donc dans l’incapacité de se déplacer et de vendre leurs légumes sur les marchés, qui finissent par pourrir. Dans les villages, il n’y a pas assez de monde pour acheter toutes les denrées périssables comme les produits laitiers ou les légumes, et les agriculteurs ne disposant pas de chambre froide pour les conserver, ils sont contraints de les jeter sur les bords des routes.

Pire encore, de nombreux agriculteurs ne peuvent procéder à la récolte de leurs cultures, car les ouvriers agricoles qui travaillent d’habitude avec eux ne sont pas en mesure de se rendre dans les champs. Ce virus a paralysé toutes les activités. En raison de cette pénurie de main-d’œuvre dans les villages, les récoltes de lentilles n’ont pas été battues durant la première semaine d’avril, comme elles auraient normalement dû l’être. Pour ne rien arranger, le mois d’avril a été marqué par des pluies diluviennes et des averses de grêle, ce qui a fortement endommagé les champs de blé des agriculteurs.

Comment prenez-vous part à la lutte contre cette pandémie ? Quelles sont vos motivations ?

Je m’efforce de sensibiliser la communauté aux dangers du COVID-19 et m’assure que tous les villageois prennent les mesures nécessaires. Avec quelques collègues, nous avons distribué dans nos villages des banderoles et des affiches qui illustrent les mesures de protection recommandées. Nous envoyons également des messages textuels qui rappellent les mesures à suivre sur les téléphones des agriculteurs auprès de qui nous travaillons de manière régulière et dès qu’il y a une mise à jour.

Nous leur rappelons en permanence de respecter les distances physiques recommandées et de porter un masque lorsqu’ils travaillent dans les champs. Nous leur expliquons que lorsqu’ils rentrent chez eux après avoir travaillé dans les champs, ils doivent se laver les mains avec de l’eau et du savon, prendre une douche et désinfecter tous leurs outils afin de protéger les membres de leurs familles. Nous avons également organisé une distribution de colis contenant deux masques et des pains de savon pour tous les agriculteurs des blocs de Nautan et Bairiya qui prennent part au projet « Pulses », mais afin de respecter les mesures de distanciation sociale, nous avons déposé les articles devant leurs portes.

Si un agriculteur produit des denrées périssables, nous nous coordonnons avec lui par téléphone et trouvons des personnes autorisées à rouler qui lui permettraient d’aller vendre sa marchandise sur le marché le plus proche afin de ne pas la perdre. Nous communiquons les prix du marché quotidiennement à ceux qui ont déjà récolté leurs lentilles afin qu’ils puissent prendre les bonnes décisions et vendre au meilleur moment.

Alors que des courtiers locaux tentent d’exploiter les agriculteurs en achetant leurs produits à un tarif très bas, certains négociants en semences ont également augmenté leurs prix pour tirer profit de cette situation. Pour faire face à ce problème, nous avons lancé une initiative auprès de tous nos agriculteurs afin d’acheter leurs lentilles à un bon prix. De ce fait, s’ils sont dans l’incapacité de vendre leur production par le biais de leurs réseaux habituels, ils peuvent nous contacter pour que nous l’achetions, ce qui leur évite de la céder à des prix déraisonnables à des personnes peu scrupuleuses. Nous leur fournissons également des sacs Super Grain afin qu’ils puissent stocker leurs lentilles dans de meilleures conditions et les vendre plus tard.

akf-india-1fyorpmi24fyyq9zmcipgsq.jpg

Il est primordial pour les agriculteurs de pouvoir vendre leurs produits sur les marchés en cette période.
Copyright: 
AKDN

Étant moi-même fils d’un petit exploitant agricole, je connais bien les défis auxquels les agriculteurs font face. Pour eux, le temps ne s’arrête pas. Lorsqu’un champ est prêt pour la moisson, ils doivent récolter, puis vendre leurs produits sur les marchés, sous peine de ne pas pouvoir tout stocker ou d’en perdre une partie. J’ai donc décidé d’agir et d’aider les agriculteurs coûte que coûte.

Quel a été l’impact du COVID-19 sur vous et votre communauté ?

Tous les habitants de mon village ont très peur. En raison des mesures de distanciation sociale et des directives strictes du gouvernement, il est devenu très difficile d’entrer en contact avec les agriculteurs, puisque nous ne pouvons pratiquement plus nous voir en personne. Cependant, nous suivons les directives à la lettre afin de protéger nos familles et notre communauté.

Les forces de l’ordre patrouillent dans mon village ainsi que dans les autres villages des environs. Cette pandémie fait régner un sentiment de crainte. Ma fille est née récemment, et les très jeunes enfants étant vulnérables, nous prenons toutes les mesures préventives et dispositions possibles pour la protéger. Je suis parfois amené à sortir de chez moi pour le travail, et lorsque je reviens, je n’ose même pas la prendre dans mes bras. Les membres de ma famille m’ont également conseillé de ne pas la toucher ou jouer avec elle, en particulier lorsque je reviens de l’extérieur.

Certaines personnes qui revenaient des grandes villes ont immédiatement été placées dans des centres de quarantaine pendant au moins 14 jours et n’ont pas eu le droit d’entrer dans le village à leur arrivée. Elles ont donc dû vivre cette période de quarantaine dans une école aménagée à cet effet située à la sortie du village. Elles ne pouvaient sortir après deux semaines et entrer dans le village que si elles n’avaient manifesté aucun symptôme. De nombreuses familles reposent sur les revenus de certains de leurs membres qui travaillent dans les plus grandes villes. Aujourd’hui, la situation est devenue difficile pour ces familles, puisque beaucoup de personnes ne peuvent plus travailler. En raison du confinement total, certains ne reçoivent plus de salaire depuis deux mois. Dans les cas où le mari vit dans une grande ville, ce dernier doit subsister grâce à ses économies et n’est pas en mesure d’envoyer de l’argent à sa famille.

Les saisonniers et les ouvriers payés à la journée n’ont plus de travail non plus, ce qui aggrave la situation de leurs familles. En outre, seuls les véhicules approuvés sont autorisés à circuler sur les routes, ce qui fait que les personnes qui dépendent des services de transport n’ont plus de travail. Dans de nombreux cas, les agriculteurs sont donc dans l’incapacité de se déplacer et de vendre leurs légumes sur les marchés, qui finissent par pourrir. Dans les villages, il n’y a pas assez de monde pour acheter toutes les denrées périssables comme les produits laitiers ou les légumes, et les agriculteurs ne disposant pas de chambre froide pour les conserver, ils sont contraints de les jeter sur les bords des routes.

Pire encore, de nombreux agriculteurs ne peuvent procéder à la récolte de leurs cultures, car les ouvriers agricoles qui travaillent d’habitude avec eux ne sont pas en mesure de se rendre dans les champs. Ce virus a paralysé toutes les activités. En raison de cette pénurie de main-d’œuvre dans les villages, les récoltes de lentilles n’ont pas été battues durant la première semaine d’avril, comme elles auraient normalement dû l’être. Pour ne rien arranger, le mois d’avril a été marqué par des pluies diluviennes et des averses de grêle, ce qui a fortement endommagé les champs de blé des agriculteurs.

Comment prenez-vous part à la lutte contre cette pandémie ? Quelles sont vos motivations ?

Je m’efforce de sensibiliser la communauté aux dangers du COVID-19 et m’assure que tous les villageois prennent les mesures nécessaires. Avec quelques collègues, nous avons distribué dans nos villages des banderoles et des affiches qui illustrent les mesures de protection recommandées. Nous envoyons également des messages textuels qui rappellent les mesures à suivre sur les téléphones des agriculteurs auprès de qui nous travaillons de manière régulière et dès qu’il y a une mise à jour.

Nous leur rappelons en permanence de respecter les distances physiques recommandées et de porter un masque lorsqu’ils travaillent dans les champs. Nous leur expliquons que lorsqu’ils rentrent chez eux après avoir travaillé dans les champs, ils doivent se laver les mains avec de l’eau et du savon, prendre une douche et désinfecter tous leurs outils afin de protéger les membres de leurs familles. Nous avons également organisé une distribution de colis contenant deux masques et des pains de savon pour tous les agriculteurs des blocs de Nautan et Bairiya qui prennent part au projet « Pulses », mais afin de respecter les mesures de distanciation sociale, nous avons déposé les articles devant leurs portes.

Si un agriculteur produit des denrées périssables, nous nous coordonnons avec lui par téléphone et trouvons des personnes autorisées à rouler qui lui permettraient d’aller vendre sa marchandise sur le marché le plus proche afin de ne pas la perdre. Nous communiquons les prix du marché quotidiennement à ceux qui ont déjà récolté leurs lentilles afin qu’ils puissent prendre les bonnes décisions et vendre au meilleur moment.

Alors que des courtiers locaux tentent d’exploiter les agriculteurs en achetant leurs produits à un tarif très bas, certains négociants en semences ont également augmenté leurs prix pour tirer profit de cette situation. Pour faire face à ce problème, nous avons lancé une initiative auprès de tous nos agriculteurs afin d’acheter leurs lentilles à un bon prix. De ce fait, s’ils sont dans l’incapacité de vendre leur production par le biais de leurs réseaux habituels, ils peuvent nous contacter pour que nous l’achetions, ce qui leur évite de la céder à des prix déraisonnables à des personnes peu scrupuleuses. Nous leur fournissons également des sacs Super Grain afin qu’ils puissent stocker leurs lentilles dans de meilleures conditions et les vendre plus tard.

.

akf-india-1h_alhemjttllcgg-wts6aa.jpg

Avant d’être vendues, les récoltes sont pesées par des ouvriers portant des masques de protection.
Copyright: 
AKDN

Auriez-vous un message à faire passer au reste du monde à propos de cet enjeu global auquel nous sommes tous confrontés ?

Il ne faut pas que nous cédions à la peur ou à la panique. Nous devons rester solidaires, nous entraider et fournir de la nourriture et d’autres articles essentiels aux personnes les plus démunies et à celles dans le besoin. Enfin, nous devons respecter les directives et les mesures de protection émises par notre gouvernement.

Une dernière chose à ajouter ?

Outre la campagne de sensibilisation et la vente et l’achat de semences et de récoltes, j’essaie également d’aider les familles les plus pauvres qui n’ont pas de carte de rationnement, quelle qu’en soit la raison. J’ai identifié environ 287 familles très pauvres, pour qui j’ai facilité une demande de carte de rationnement temporaire. J’ai également contacté les autorités locales pour les alerter quant à leur situation. Nous avons ainsi pu distribuer des denrées alimentaires reçues de la part d'un fonds d’un député local aux familles que j’avais identifiées.

Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour transmettre toutes les informations importantes que je reçois de la part du gouvernement aux villageois. Toute personne souhaitant faire un don ou aider notre communauté est accompagnée et reçoit des informations à jour sur la situation actuelle des familles des communautés marginalisées afin qu’elle puisse aider les personnes en grande détresse.