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  • Gaudencia est agente de santé communautaire en Tanzanie. Elle a pris part à une formation aux mesures de protection contre la COVID-19 organisée par un programme de l’AKDN soutenu par le gouvernement canadien. Elle effectue des visites à domicile au sein de sa communauté afin de sensibiliser ses voisins à l’importance de se laver les mains et de porter un masque.
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Fawad Akbari : Soins de santé primaires et pandémie de COVID-19

En juillet 2020, Savrigul, une agente de santé communautaire, a suivi une formation sur les mesures préventives contre la COVID-19, la détection de cas positifs et l’orientation des patients vers les structures sanitaires adaptées. Elle a également reçu des équipements de protection individuelle (EPI) afin de mener à bien ses activités dans le cadre du système de santé primaire dans le district de Shughnan, au Tadjikistan. Au mois d’août, alors que Savrigul effectuait des visites à domicile régulières au sein de sa communauté, cette formation s’est révélée déterminante lorsqu’elle a fait face à un homme présentant une forte fièvre et de potentiels symptômes du virus. En effet, forte de ses nouvelles compétences, elle a participé à l’effort de coordination pour assurer son transfert à l’hôpital tout en aidant le reste de sa famille à respecter les consignes d’isolement.

Son histoire fait partie des nombreux récits que l’on voit émerger des initiatives de réponse à la pandémie de COVID-19 mises en œuvre par le Réseau Aga Khan de développement (AKDN). Dans le cadre d’une approche de santé primaire déjà en place, les agents de santé communautaires comme Savrigul jouent un rôle essentiel dans les efforts de lutte contre le nouveau coronavirus. 

Pouvez-vous expliquer ce que sont les soins de santé primaires ?

Les soins de santé primaires constituent une approche globale de la santé et du bien-être centrée sur les besoins de l’ensemble de la société. Ils se fondent sur un engagement à fournir des soins complets et reconnaissent le droit fondamental à la santé. À l’origine adoptés en 1978 par l’intermédiaire de la Déclaration d’Alma-Ata sur les soins de santé primaires, et réaffirmés en 2018 par la communauté sanitaire internationale dans la Déclaration d’Astana, les soins de santé primaires sont censés répondre à la majorité des besoins de santé d’une personne tout au long de sa vie et incluent à cet effet toutes les étapes de la prévention aux soins palliatifs, en passant par le traitement et la rééducation.

Quel rôle jouent les soins de santé primaires dans le contexte de la pandémie ?

La COVID-19 a mis en lumière l’importance du rôle que jouent les systèmes de soins de santé primaires à la fois dans les initiatives internationales de lutte contre la pandémie et dans la mise en place de services essentiels permettant de garantir la bonne santé de la population. Ces systèmes sont primordiaux si l’on souhaite détecter, suivre et endiguer la propagation d’épidémies à l’échelle locale tout en continuant de répondre aux autres besoins de base en matière de santé.

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Maria est une agente de santé communautaire bénévole basée dans le nord du Mozambique. Avec le soutien de la Fondation Aga Khan (AKF), elle effectue des visites à domicile au sein de sa communauté afin de sensibiliser ses voisins aux risques de la COVID-19.
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La pandémie de COVID-19 est la plus grande crise sanitaire de ce siècle. Elle touche tous les aspects de notre vie et tous les pays du monde. Même les systèmes de santé les plus avancés ont subi un bouleversement majeur à tous les niveaux. Les gouvernements nationaux et locaux sont dépassés par la pression de la demande sur leurs systèmes de santé, qui ne cesse de s’intensifier et met en péril des ressources déjà limitées. La situation est particulièrement difficile dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire.

Des problèmes de coordination et de communication ont également entraîné la mise en place de réponses peu efficaces au sein et au-delà des systèmes de santé. La hausse de la demande en ressources se traduit inexorablement par une augmentation des manquements à l’égard d’autres soins de santé primaires généralement prioritaires, notamment les services de santé sexuelle et reproductive et la prévention et le traitement de maladies infectieuses comme le VIH/sida, le paludisme et la tuberculose, et de maladies non transmissibles comme le cancer.

Les obstacles qui entravent actuellement l’accès aux services de santé, par exemple la peur de contracter le virus, les restrictions de déplacement ou encore le manque d’équipements de protection, empêchent la population de se faire soigner et entraînent une augmentation significative de la mortalité maternelle et infantile. Dans un tel contexte, il est clair que la pandémie continuera d’avoir des impacts à long terme sur les systèmes de santé et le bien-être de la population mondiale pour les années à venir.

Dans les régions où nous travaillons, bien que la situation ne soit pas toujours la même selon le contexte, la COVID-19 a entraîné des épidémies, une surmortalité et une baisse dans la prestation d’autres services de santé. Ce nouveau coronavirus a également touché le secteur de l’éducation et provoqué l’augmentation de la pauvreté, de l’insécurité alimentaire et des violences sexistes.

Comment l’AKDN a-t-il investi dans l’amélioration des soins de santé primaires jusqu’à ce jour ?

Avant cette pandémie, l’AKDN a investi afin de mettre sur pied des systèmes de santé efficaces pendant des décennies. Le Réseau a mis en place de nombreuses initiatives de développement et de renforcement des soins de santé primaires et a réalisé des investissements similaires dans les secteurs secondaire et tertiaire, notamment dans l’amélioration des mécanismes d’orientation vers des spécialistes. Dans le cadre d’une approche intégrée et multidimensionnelle, et en partenariat avec Affaires mondiales Canada et d’autres partenaires, l’AKDN s’efforce de combler les lacunes relatives à tous les éléments constitutifs d’un système de santé solide. Ce travail inclut, par exemple, la mise en place d’initiatives visant à améliorer l’accès, la qualité et le recours aux services de santé et de nutrition adaptés au genre.

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En 2018, Lillian, une ouvrière du bâtiment, a participé à la rénovation de la maternité et à la construction d’un nouveau bloc opératoire à l’hôpital de Kenyenya, dans le comté de Kisii, au Kenya. Ces travaux de modernisation du bâtiment, ainsi que l’amélioration des mesures de protection de la vie privée, permettent à l’hôpital de mieux répondre aux besoins des femmes.
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AKDN / Esther Mbabazi

Ces investissements sur le long terme ont prouvé leur intérêt durant la pandémie de COVID-19. L’un des premiers partenariats de la Fondation Aga Khan, passé avec le gouvernement canadien et l’Université McMaster, a abouti à la création de l’École d’infirmières et de sages-femmes de l’Université Aga Khan (AKU-SONAM), au Pakistan, dans les années 1980. L’institution a plus tard ouvert un deuxième campus en Afrique de l’Est. Ces écoles ont depuis formé des milliers d’infirmiers et de sages-femmes, dont beaucoup travaillent auprès de communautés qui, aujourd’hui, éprouvent encore plus de difficultés à accéder aux soins de santé depuis le début de la pandémie de COVID-19.

L’AKDN a également mis en place un réseau de télésanté en Asie centrale et en Afrique de l’Est. Ce réseau ouvre l’accès à des services de consultation virtuelle par vidéo ou d’autres systèmes de télécommunication, ce qui s’avère particulièrement important dans les régions rurales et isolées, où il est difficile de faire appel aux services d’un professionnel de la santé. Ce réseau a joué un rôle déterminant dans la diffusion rapide des directives de gestion de la COVID-19 parmi les professionnels de ces régions.

Les investissements du gouvernement canadien ont également permis de soutenir la construction de l’Hôpital provincial ultramoderne de Bâmiyân, en Afghanistan, et de nombreux établissements de soins de santé primaires au Kenya et en Tanzanie. Ces structures sont aujourd’hui en première ligne de la lutte contre la COVID-19 dans leurs régions respectives.

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Une sage-femme s’occupe d’un nouveau-né à l’Hôpital provincial de Bâmiyân, en Afghanistan. En 2016, l’institution a emménagé dans un nouvel édifice construit avec le soutien des gouvernements canadien et français. Les membres du personnel de l’établissement sont désormais en mesure de fournir des soins d’envergure internationale dans l’une des régions les plus reculées du monde.
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AKDN / Kiana Hayeri

Au niveau communautaire, les agents de santé et les organisations de la société civile ont joué un rôle déterminant dans la sensibilisation des populations aux dangers du virus, mais ils se sont également efforcés de dissiper les rumeurs et de garantir l’accès aux soins pour les communautés ciblées.

Que fait l’AKDN pour lutter contre la COVID-19 ?

Dès le début de la pandémie, l’AKDN a élaboré un cadre global d’intervention en trois volets :

  • ralentir et stopper la transmission, prévenir les épidémies, et freiner et arrêter la propagation ;
  • fournir les meilleurs soins à tous les patients, notamment aux personnes gravement malades ;
  • minimiser l’impact socio-économique de la pandémie sur les communautés et les populations les plus vulnérables.

Sur la base de ce cadre de travail, l’AKDN a élaboré des plans chiffrés pour chacun des pays où il travaille afin d’accompagner autant que possible la réorientation des activités existantes et la mobilisation de nouvelles ressources internes et externes.

Ces plans d’intervention nationaux ont été élaborés en collaboration avec des partenaires opérationnels locaux et les communautés et les gouvernements des pays concernés afin de garantir leur adéquation vis-à-vis des besoins locaux et d’assurer la résilience à long terme des systèmes de santé. En outre, l’AKDN a élaboré des lignes directrices afin de garantir l’intégration d’une analyse comparative et des questions de genre dans ces plans d’intervention nationaux, ce afin de prendre en compte les différents impacts de la pandémie et des initiatives de réponse sur les femmes, les hommes, les filles et les garçons.

Par exemple, les professionnels de la santé qui travaillent en première ligne reçoivent des équipements de protection individuelle et des fournitures, mais apprennent également à reconnaître les signes de violence sexuelle et sexiste à l’aide d’une approche axée sur les survivantes. Nous soutenons en parallèle les agents de santé qui travaillent en première ligne, dont la majorité sont des femmes, en leur offrant des services de garde et de transport pour leurs enfants.

Qu’avons-nous appris ?

Grâce à ces initiatives, nous avons tiré les leçons suivantes : 

  1. Les agents de santé communautaires sont les mieux placés pour lutter contre la COVID-19 dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Les agents de santé communautaires sont généralement des bénévoles choisis par leurs propres communautés et dont la mission consiste à effectuer des visites à domicile afin d’informer, de dispenser des soins primaires de base et d’orienter les patients vers les structures adaptées. Étant déjà des membres de confiance aux yeux de leurs communautés, ils sont ainsi tout indiqués pour sensibiliser leur entourage à la COVID-19 et assurer ces différentes tâches. Pour maximiser l’efficacité des soins de santé primaires dans la lutte contre le virus, les agents de santé communautaires doivent avoir accès aux dernières informations, à des équipements de protection individuelle pour assurer leur sécurité et à des kits de dépistage pour tester les patients le plus rapidement possible. L’AKDN a mobilisé, formé et équipé des milliers d’agents de santé communautaires en Afrique et en Asie qui, à leur tour, ont soutenu des centaines de milliers de femmes, d’hommes, de filles et de garçons.
  2. S’il est nécessaire d’investir dans les soins de santé secondaires et tertiaires, il est primordial d’accroître les investissements dans les établissements de santé primaires dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Pour plus de 80 % des personnes vivant dans les pays en développement, ce sont généralement les centres de santé primaires comme les dispensaires qui font office de premier point de contact avec le système de santé. Durant la pandémie, ces centres ont joué un rôle déterminant en assurant le traitement des cas modérés, voire, dans certaines régions, la prise en charge de cas plus graves. Ils continuent en parallèle d’assurer d’autres services de base, notamment les vaccinations, les services de santé sexuelle et reproductive et le traitement du VIH/sida, de la tuberculose, du paludisme, des problèmes de santé mentale et des maladies chroniques. Pour soutenir ces centres de soins de santé primaires, l’AKDN organise des formations pour les employés, leur fournit des équipements de protection individuelle, des kits de test et de traitement et des fournitures essentielles et s’efforce d’augmenter le nombre de ressources humaines dans les régions ciblées.
  3. Les soins de santé primaires réduisent la pression sur l’ensemble du système de santé en garantissant un accès équitable aux services de lutte contre la COVID-19. Dans les régions où il était impossible d’accéder à des soins de santé primaires, que ce soit en raison d’un isolement géographique ou de la méfiance de la communauté, les hôpitaux tertiaires ont été confrontés à un afflux massif de patients lors des premiers mois de la pandémie. Les investissements réalisés par l’AKDN dans les régions rurales et reculées pour mettre en place un premier dépistage et un service de triage plus proche du domicile des patients ont contribué à réduire cette pression inutile qui pèse sur les services hospitaliers.
  4. Dans une ère post-pandémique, lorsque des services rapides de dépistage et de vaccination contre la COVID-19 seront disponibles, les systèmes de santé primaires seront les premiers à fournir de tels services et pourront contribuer à garantir un accès rapide, efficace et équitable pour l’ensemble de la population. L’AKDN travaille avec des gouvernements locaux, des institutions de recherche, des financeurs et des communautés partenaires afin que cette vision se concrétise et soit incluse dans les politiques locales et internationales.

Les décisions prises aujourd’hui vis-à-vis des politiques de santé et de la répartition des ressources pour lutter contre la pandémie de COVID-19 contribueront à façonner notre monde pour les années à venir. Alors que les pays mettent en œuvre des mesures d’urgence afin de répondre aux besoins immédiats des communautés et des agents de santé, il reste essentiel de diagnostiquer et de corriger les faiblesses plus générales des systèmes de santé. Les soins de santé primaires doivent occuper une place centrale dans ces efforts.

Renforcer dès maintenant les soins de santé primaires permettra non seulement de réduire l’impact de la COVID-19 sur la santé et le bien-être de millions de personnes, mais également de limiter notre vulnérabilité face à la prochaine pandémie tout en concrétisant la vision selon laquelle la santé pour tous est un droit humain fondamental.

Ce texte est une adaptation d’un article publié sur le site internet de la Fondation Aga Khan Canada.