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  • Le climat chaud du Pakistan a largement influencé la conception du Centre hospitalier universitaire Aga Khan de Karachi, qui a été construit entre les années 1970 et 1980. Selon un article, l’utilisation de tuiles conçues de manière spécifique, la création de plans d’eau et les aménagements paysagers sur le campus permettent de réduire les températures d’au moins cinq degrés à l’intérieur des bâtiments.
    AKDN / Matteo Piazza
Amir Jivraj : un ingénieur civil derrière les bâtiments écoénergétiques de l’AKDN

Qu’il s’agisse de l’installation de poêles écoénergétiques et sans fumée dans le nord du Pakistan, de la construction d’une centrale hydroélectrique en Ouganda, de la mise en place de systèmes de refroidissement au sein des bâtiments de l’Université Aga Khan (AKU) à Karachi ou de la création d’un système photovoltaïque relié à un hôpital géré par les Services de santé Aga Khan (AKHS) en Afghanistan, la bonne gestion de l’environnement a toujours fait partie des pierres angulaires du cadre éthique du Réseau Aga Khan de développement (AKDN). Désormais, alors que l’AKDN redouble d’efforts pour faire face à la crise du changement climatique, il est plus que jamais essentiel de réfléchir aux décisions qui ont affecté - et continuent d’affecter - notre environnement. Amir Jivraj, qui a personnellement participé à nombreux de ces projets, nous fait part de son expérience.

Le climat chaud du Pakistan a largement influencé la conception du Centre hospitalier universitaire Aga Khan de Karachi, qui a été construit entre les années 1970 et 1980. À l’époque, Son Altesse l’Aga Khan avait approuvé l’utilisation sur les toits, les façades et les murets bordant les allées du campus de tuiles d’argile cuite spécifiquement conçues afin de repousser la chaleur. Selon un article, l’utilisation de ces tuiles, la création de plans d’eau et les aménagements paysagers sur le campus permettent de réduire les températures d’au moins cinq degrés à l’intérieur des bâtiments. Des jalis (écrans) en argile et ornés de motifs traditionnels ont également été créés pour ombrager et rafraîchir les couloirs et les porches. La conception écoénergétique de l’Université a inspiré d’autres projets, notamment l’aéroport de Karachi, ainsi que de nombreux autres bâtiments célèbres à Karachi, Islamabad et Lahore. Malgré ses caractéristiques particulières, ce campus écologique était et reste un site d’une grande beauté qui continue d’attirer de nombreux visiteurs. 

Amir Jivraj a également participé à la création de l’Hôpital provincial de Bâmiyân, en Afghanistan, construit par l’Agence Aga Khan pour l’habitat (AKAH) et géré par les Services de santé Aga Khan. Ayant supervisé les travaux de construction et l’installation et la mise en service d’un système photovoltaïque, il se souvient d’« un bâtiment étonnant, comme une oasis au milieu du désert ». Il souligne également que l’architecture en pisé de l’hôpital joue « un important rôle d’isolation » et « maintient une température à peu près constante dans tout le bâtiment, ce qui réduit les coûts de chauffage ».

Amir Jivraj a également contribué aux processus de conception et de construction de l’Académie Aga Khan de Mombasa. Pour cette institution, l’objectif était de créer un bâtiment utilisant un minimum d’eau et de matières premières tout en minimisant ses émissions de carbone. Durant la construction, le niveau des réseaux d’eau municipaux était très bas, et prendre l’eau des puits était la seule solution. Toutefois, la proximité du site avec l’océan constituait un obstacle à l’installation d’un système d’approvisionnement constant en eau potable à usage domestique et paysager. La mise en place de solutions novatrices en matière de recyclage de l’eau et de gestion des puits, ainsi que la création d’aménagements paysagers adaptés, ont contribué à contourner ce problème.

Lors de l’agrandissement de l’Hôtel Serena d’Islamabad, construit entre 2007 et 2009, des aménagements écoénergétiques ont également été mis en place. Les architectes et ingénieurs y ont ajouté des moucharabiehs, des balcons encaissés aux panneaux ornés traditionnellement construits pour permettre aux femmes de conserver leur intimité, mais aussi pour stocker l’eau dans un endroit frais et ombragé. Un jardin de toit a également été créé afin de cacher le parking en sous-sol et d’isoler les salles de banquet.

Durant la conception de l’Académie Aga Khan de Hyderabad, en Inde, les architectes et ingénieurs ont axé leur travail sur la ventilation naturelle, l’aménagement paysager et l’utilisation de jalis. À l’extérieur, une zone avait été cloisonnée afin de protéger le terrain naturel et son écosystème ; elle est aujourd’hui incluse dans le cadre du programme d’études de l'institution. « C’était très impressionnant », se souvient Amir Jivraj. Un vide d’air entre la façade en pierre et le parement en brique a permis d’augmenter considérablement les capacités d’isolation de l’édifice. Le parement fait de briques d’argile a été intelligemment conçu : les architectes et ingénieurs ont fait en sorte de conserver ses capacités de réflexion de la chaleur en supprimant les propriétés absorbantes de l’argile, ce qui permet d’empêcher à la chaleur et à l’humidité d’entrer dans le bâtiment.

L’AKDN s’efforce de mettre en place de nouvelles solutions écologiques afin de réduire davantage son impact sur le climat. Amir Jivraj travaille actuellement avec les Hôpitaux Aga Khan afin de les aider, par exemple, à réduire les quantités de déchets produites par leurs activités courantes. « La réduction des déchets est un vrai défi pour les hôpitaux », explique-t-il. « Il est nécessaire de mettre en place une bonne méthode de gestion afin que les déchets soient triés et traités convenablement. » Il souligne qu’avec l’avancée de la technologie, les unités d’incinération et de traitement des eaux usées sont de plus en plus efficaces. « À une époque, ces infrastructures étaient énormes », explique-t-il. « Désormais, elles sont bien plus compactes et efficaces. Par exemple, le dernier incinérateur installé dans l’hôpital de Dar es Salaam ne produit aucune fumée ou odeur. »

En créant des parcs verdoyants et des bâtiments plus écologiques, l’AKDN prend des mesures pour réduire son impact et son empreinte carbone. Ces changements significatifs, non seulement dans les méthodes de construction, mais également dans l’ensemble du cycle de vie d’un produit, d’un lieu ou d’un bâtiment, laissent entrevoir un avenir où une combinaison faite de volonté humaine et d’améliorations écologiques entraînées par l’avancée de la technologie contribuera à réparer notre planète.