Aga Khan Development Network
 

What's New

General News

Press Releases

Speeches

Spotlights

Publications

In the Media

E-mail Bulletin Archives

Photos & Slide Shows

Videos

Podcasts

Awards received

Grant News

Rss

His Highness the Aga Khan

Discours de Son Altesse l’Aga Khan à l’occasion de la remise de la distinction de Grand Mécène et de Grand Donateur du Ministère de la Culture Paris, le 28 mai 2009

28 May 2009

 

Majesté,
Madame la Ministre de la Culture,
Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Chancelier de l’Institut de France,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les Hautes personnalités,
Mesdames, Messieurs,


Madame la Ministre, je vous ai dit, tout à l'heure en arrivant, mon très grand plaisir de me trouver aujourd'hui à vos côtés, dans ce quadrilatère historique du Palais Royal, qui abrite tant de grandes institutions politiques et culturelles de la République française :

  • le Conseil constitutionnel,
  • le Conseil d'Etat,
  • le Ministère de la culture,
  • la Comédie française,

le tout à proximité immédiate du Musée du Louvre.

C'est dans ce cadre merveilleux que vous m'avez fait le grand honneur de me remettre, au nom de la République, la médaille de grand donateur et de grand mécène du ministère de la Culture. Vous avez par là, bien voulu distinguer ce que j'ai souhaité faire pour la France à Chantilly et pour la culture dans notre monde.

Sachez que ce geste me va droit au cœur, notamment pour la raison qu'il est très rare dans le monde qu'un Etat, par ses représentants les plus éminents, soit attentif à faire un signe d'amitié comme celui que vous me faites aujourd'hui.

J'ajouterai que je suis très sensible à la dimension symbolique que la France a donnée officiellement à cette médaille en y gravant le sceau de la première République française et, selon votre belle tradition, une femme représentant la Liberté. On ne dira en effet jamais assez combien la Culture est facteur de Liberté, ni combien la Liberté est ferment de Culture.

Vous avez bien voulu rappeler les impulsions que j'ai données au fil des décennies à de nombreux projets culturels dans le monde. Pour les raisons que j'ai exposées sous la Coupole il n'y a guère, les projets culturels sont en effet devenus pour moi une priorité très rapidement, après avoir pris la succession de mon grand père, il y a plus de 50 ans.

C'est en effet à cette époque que je suis devenu le 49ème Imam des quelque vingt millions de musulmans shiites imamis ismailis, populations majoritairement rurales et pauvres, disséminées dans 35 pays, principalement en Asie Centrale et du Sud-ouest, en Afrique, et au Moyen-Orient.

Je suis ainsi l'héritier d'une culture, je devrais dire 'de cultures' au pluriel, plus que millénaire.

Je n'oublie cependant pas que grâce à mon père, dès ma tendre enfance, j'ai été sensibilisé très tôt à la peinture française, notamment aux œuvres de grands maîtres comme Corot, Utrillo, Vlaminck, Boudin ou Raoul Dufy. Cet éveil, mêlé à mes lectures de Maurois, Mauriac, Gide et bien d'autres grands auteurs, m'a fait découvrir les français, la France et le regard que les français portent sur le monde. J'ai aimé ce que j'ai vu, comme ce que j'ai lu, et voici pourquoi, entre autres, j'habite la France depuis maintenant presque quarante ans.

J'ai tenté de mettre ce foisonnement d'expériences à profit, au bénéfice de Chantilly.

Dans ce bref moment qui nous réunit, je voudrais vous dire quelques mots sur ce que j'ai entrepris dans cette belle ville, œuvre humaine et monumentale, riche et complexe, que l'histoire de France a léguée à l'humanité.

Beaucoup ici savent que je conduis ce projet avec l'Etat, la région de Picardie, le département de l'Oise, la ville de Chantilly, l'Institut de France et France Galop. Je n'oublie pas évidemment les collaborations fructueuses avec le monde académique et le secteur privé.

Je salue d'ailleurs ici, outre vous-même Madame la Ministre, Monsieur le Chancelier de l’Institut et Monsieur le Préfet de l’Oise.

Je voudrais vous dire principalement que j'ai mis en œuvre, au bénéfice de Chantilly, certains enseignements importants acquis dans les pays lointains que je mentionnais tout à l'heure, ce qui peut étonner quand on sait combien sont différentes ces cultures et la culture française.

En fait, j'ai acquis la conviction, à l'occasion de ce que j'ai vu sous d'autre cieux, que les ressorts humains et économiques en action dans les projets de rénovation ou de réhabilitation sont très proches, quel que soit le lieu.

Puisque je dois être bref, je dirai qu’au milieu d’innombrables considérations, le point essentiel pour moi est qu’un projet culturel centré sur un lieu d’histoire ou de tradition doit prendre en compte l’environnement immédiat dans lequel il s’inscrit. Autrement dit, au-delà du soin apporté à la renaissance de tel ou tel monument ou lieu historique, il convient d’intégrer dans le programme de redéveloppement l’ensemble des espaces publics et privés proches.

Pourquoi ceci me paraît-il si essentiel que je n'entreprends jamais un projet culturel sans avoir cette idée à l'esprit ? Simplement parce que, lorsque l'on renouvelle ou que l'on restaure à la fois le lieu de culture, au sens traditionnel du terme, et sa périphérie, on observe toujours deux conséquences :

  • un renouveau économique au service des populations alentours, en particulier des plus modestes ;
  • une pérennisation de l'effort de rénovation ou de restauration sur la très longue durée.

Ce concept est tout simple.

L’élément de complexité réside, vous le savez, dans la nécessité de gérer sur le long terme ce qui doit devenir ou redevenir un centre de développement économique pérenne et à dimension humaine. Il est alors absolument nécessaire de travailler en collaboration avec toutes les parties prenantes.

J'ai eu la grande joie de constater, au-delà d'un enthousiasme de tous pour le projet de Chantilly, que chacun a eu à cœur de partager avec moi son expérience, et d'accueillir la mienne. Ceci fait qu'aujourd'hui le projet avance à grands pas.

C'est ainsi qu'après la création de la Fondation pour la sauvegarde et le développement du Domaine de Chantilly :

  • le champ de courses, ses bâtiments et ses accès ont été remis en état ou réaménagés, ce qui a fait repartir une activité qui s'essoufflait ;
  • le parc de Le Nôtre a fait l'objet d’une rénovation en profondeur ; c’est ainsi que tout récemment, après d’importants travaux hydrauliques, les fontaines du parc commencent à revivre. Nous avons eu un long débat sur la hauteur qu’il fallait donner à cette fontaine. On a éliminé la concurrence avec le lac Léman … Et puis on a cherché à comprendre ce que Le Nôtre voulait et ça, ça a été beaucoup plus difficile et je me suis fié aux spécialistes. Si vous allez visiter Chantilly, sachez que la hauteur des fontaines a été un sujet de très, très grands et profonds débats !
  • quant aux Grandes Ecuries du septième Prince de Condé, elles font l'objet de travaux considérables qui vont être amplifiés dans le temps ;
  • à cet égard, je voudrais souligner que le Musée vivant du cheval, qui y trouve naturellement sa place, sera le seul au monde consacré exclusivement à l'histoire du cheval sous toutes les latitudes ;
  • également, le Musée Condé fait l'objet de toutes nos attentions et l'on peut ici évoquer la restauration, comme vous l’avez dit Madame la Ministre, de la merveilleuse Grande Singerie créée en 1737 …
  • sans oublier les travaux préparatoires sur le château lui-même.

Au-delà, dans l'esprit de ce que je vous disais il y a un instant, de nombreux projets économiques sont en discussion, dont le plus avancé est celui de la construction de l’hôtel du Jeu de Paume à l'entrée de Chantilly, ensemble qui reviendra à terme à l’Institut de France.

J'espère profondément que ces efforts sur la longue durée, permettront aux habitants de Chantilly et de sa région de vivre mieux dans ce cadre séculaire qui leur est si familier.

Pour ma part, au-delà de l'affection pour la France que ma famille a exprimée depuis des générations, j'ai voulu, en m'impliquant personnellement dans ce projet, remercier votre beau pays de m'avoir accueilli avec tant de chaleur.

De fait, mes liens personnels et institutionnels avec la France sont d'une telle qualité qu'au fil des années la France devient progressivement le centre de mes activités, notamment en matière de politique de développement au bénéfice des populations les plus pauvres de la planète.

Madame la Ministre, vous avez voulu me remercier et m'honorer et j'en ressens une grande fierté. Cependant, compte tenu de ce que je viens de dire, veuillez accepter que ce soit moi qui remercie la France à travers vous.

 

Bookmark and shareBookmark & Share

Return to top