Bismillah-ir-Rahman-ir-Rahim
Monsieur le Premier ministre Harper
Honorables ministres
Vos excellences
Chers invités
Mesdames et Messieurs
Il y a à peine 18 mois, le gouvernement du
Canada annonçait son partenariat avec l’Imamat
ismaélien et le Réseau Aga Khan de développement
(Réseau) en vue de la création de notre
Centre mondial du pluralisme. Nous nous sommes réjouis à l’époque
de ce partenariat multipartite, certes financier mais
aussi institutionnel et intellectuel.
Notre sens du partenariat n’a rien de nouveau.
En fait, le Réseau et le Canada ont entrepris
une collaboration unique il y a de cela près
d’un quart de siècle — l’année
prochaine étant la 25ème année
de ce partenariat — dans le cadre d’une
vaste gamme de projets et dans un grand nombre de lieux,
particulièrement en Asie du Sud et du Centre,
en Afrique occidentale et orientale, et au Moyen Orient.
L’origine de notre collaboration remonte donc à bien
longtemps.
Cette collaboration modèle est fortement ancrée
dans une convergence extraordinaire de valeurs — notre
dévouement à la fois mutuel et fort envers
le concept et la pratique du pluralisme.
En ma qualité d’Imam des Musulmans ismaéliens
chiites au cours du dernier demi siècle, j’en
suis venu à apprécier l’importance
du pluralisme sous toutes ses formes. Après
tout, la communauté ismaélienne est,
elle même, une grande famille internationale,
recouvrant un grand nombre de régions géographiques,
de cultures, de langues et d’ethnies — et
partage son existence avec des populations de plusieurs
fois. En outre, la plupart du travail que j’ai
effectué au cours de cette période a
concerné des sociétés hautement
diverses du monde en développement, bien souvent
souffrant de pauvreté, de violence et de désespoir.
Dans de telles circonstances, un engagement envers
le pluralisme n’est donc pas un accident. Le
pluralisme est, en effet, une série délibérée
de choix qu’une société doit faire
si elle veut éviter des conflits coûteux
et canaliser la puissance de sa diversité pour
régler les problèmes humains.
Vous ne serez donc pas surpris
de constater que l’expérience
du Canada en tant que société pluraliste
modèle me fascine. Mon engagement actif aux
côtés du Canada a commencé dès
les années 1970 lorsqu’un grand nombre
d’Ismaéliens ont trouvé un refuge
chaleureux, ici même au Canada, après
avoir fui les conflits ethniques en Afrique orientale.
Depuis, la communauté ismaélienne s’est
fortement enracinée ici, est devenue autonome,
et peut dorénavant apporter sa propre contribution
au modèle pluraliste du Canada. Ce modèle, à son
tour, en est un qui peut enseigner bien des choses
au monde entier, et l’inspirer.
Comme les Canadiens le savent
si bien, l’idéal
du pluralisme n’est pas nouveau en ce monde.
Il a des fondations honorables et anciennes, y compris
des racines profondes dans la tradition islamique.
Ce qui est sans précédent aujourd’hui,
c’est une société mondialisée,
intimement interconnectée et extraordinairement
interdépendante.
De nombreux facteurs ont contribué à ce
nouvel ordre: la fin de la Guerre froide, les avancées
techniques des transports et des communications, les
migrations accélérées des peuples.
Or l’impact de ces forces va probablement s’intensifier à l’avenir.
A mon avis, ce à quoi nous faisons face actuellement,
c’est à une nouvelle et éprouvante
période de l’histoire humaine, où les
valeurs et les pratiques pluralistes séculaires
ne sont plus tout simplement désirables – elles
sont devenues absolument essentielles – et pas
seulement pour l’évolution future du monde
mais également pour notre survie même.
L’Imamat ismaélien et le Réseau
Aga Khan de développement sont fortement reconnaissants
envers le gouvernement et la population du Canada pour
la vision, la générosité et le
respect mutuel qui nous ont amenés à ce
moment mémorable.
Notre entente est l’exemple même du pluralisme
au travail, regroupant des individus, des idées
et des ressources, venant de continents et de cultures
différentes, de traditions religieuses et séculaires,
ainsi que des secteurs public et privé. Il est
en parfaite harmonie avec cet esprit, aujourd’hui.
Cette impulsion que nous ressentons à ce moment
ci va certainement renouveler notre confiance alors
que nous cherchons à faire le lien entre nos
passés diversifiés et notre futur commun.
Nous espérons profondément que le Centre
mondial du pluralisme deviendra une force vitale pour
la recherche, l’apprentissage et le dialogue,
dans notre monde; fera appel aux Canadiens et Canadiennes
de tous les horizons; et tendra la main à une
vaste gamme de partenaires.
Je suis fortement reconnaissant
envers le gouvernement du Canada d’avoir si généreusement
contribué à ses ressources matérielles
et intellectuelles. La mise à la disposition
de l’ancien Musée de la guerre, pour en
faire le siège du Centre, est un geste particulièrement
généreux et symbolique. Remplaçons
la guerre par la paix. Nous nous engageons à investir
dans cet édifice de sorte qu’il devienne
un digne testament du leadership du Canada sur la scène
mondiale en faveur du pluralisme.
Les personnes qui parlent d’une inévitablement « confrontation
des civilisations » peuvent aujourd’hui
pointer du doigt un nombre sans cesse croissant de
symptômes qui semblent leur donner raison.
Toutefois, j’ai la ferme conviction que ce diagnostic
est faux — que ces symptômes sont plus
spectaculaires que représentatifs, et qu’ils
sont ancrés dans l’ignorance humaine plutôt
que dans la personnalité humaine.
Le problème de l’ignorance en est un
qui peut être confronté. Peut être
même peut il être réglé — mais
uniquement si nous nous concentrons sur l’éducation
avec une énergie, une créativité et
une intelligence à toute épreuve.
Voilà donc pourquoi nous sommes convaincus
que le Centre mondial du pluralisme est indispensable.
Voilà pourquoi le Centre mondial du pluralisme
existe aujourd’hui. Et voilà aussi pourquoi
le Centre mondial du pluralisme suscite d’énormes
promesses pour notre avenir à nous tous et toutes.
Je vous remercie.