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His Highness the Aga Khan

Conférence

4 mars 2010

 

Voir également: Speech in English et Informations complémentaires

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Directeur Général adjoint,
Mesdames et Messieurs les hautes personnalités,
Mesdames et Messieurs,
Chers invités,

C’est un honneur de me trouver parmi vous aujourd’hui et un grand plaisir de saluer les autres mécènes : l’Agence française de développement, la Fondation Bill et Melinda Gates et la Banque mondiale. Chacune d’elles s’est montrée une partenaire précieuse du Réseau Aga Khan de développement. Nous sommes leurs obligés, et je les remercie d’autant plus de leur invitation.

En préparant cet exposé, j'ai pensé vous parler de difficiles problèmes, d'ordre générique, tel que de l'adéquation entre les outils de développement financiers et les besoins des projets de développement.

J'avais à l'esprit par exemple les projets qui ne peuvent bénéficier du financement des organisations de Bretton Woods ou d'autres agences de financement inter-gouvernementales régionales, et qui, par ailleurs, ne peuvent ni satisfaire aux critères des financements commerciaux traditionnels ni faire face à leur coût.

Un autre sujet aurait pu être l'absence de planification et de coordination dans de nombreux pays d'Asie et d'Afrique, où nous sommes très actifs, des consultations entre secteurs publics et privés dans le domaine des prestations en matière d'éducation et de santé.

Pour ceux qui financent le développement, il s'agit d'une question stratégique, qu'il est essentiel de résoudre. Il existe de nombreuses questions de ce type, mais elles viendront certainement dans vos discussions.

J'ai donc pensé qu'il serait utile d'être plus spécifique, en vous exposant quelques situations rencontrées sur le terrain par le Réseau Aga Khan de développement, puis en vous priant de prendre en considération les questions que je vais soulever, pour suggérer des réponses qui seront utiles à nous tous.

Je voudrais dire ici qu’il y a les grands principes de financement internationaux. Pour nous, dans le Réseau Aga Khan de développement, le problème de fond c’est de savoir comment ces ressources se traduisent par des programmes, des institutions, des activités performantes dans les pays les plus pauvres du monde. C’est donc la traduction entre les principes des financiers des organisations financières internationales et ce qui se passe sur le terrain.

Je réalise que ces questions ne trouveront peut-être pas facilement leur place dans la typologie de vos ateliers, et je vous demande de prendre en compte le fait que notre approche est le reflet même de notre expérience sur le terrain.

Comme vous le savez peut-être, le défi du développement à l’échelle mondiale constitue l’une de mes premières préoccupations depuis 50 ans. En cherchant à comprendre les divers modes de vie des communautés ismailies dispersées à travers le monde, je me suis également immergé dans la vie de leurs pays d’accueil. J’y ai été rejoint par les institutions du Réseau Aga Khan de développement et par ses 60 000 employés, dans plus de 30 pays. Notre expérience, comme la vôtre, a connu des satisfactions et des frustrations.

Au cours de ces cinquante années, le monde a réalisé d’énormes progrès, des progrès époustouflants dirais-je même, dans de nombreux domaines. Pourtant, bien souvent, là où les besoins se font le plus ressentir, notre évolution a été trop lente. Nous avons appris à appréhender certains symptômes de la pauvreté, mais des éléments imprévus ont dilué notre impact. Peut-être, surtout, n’avons-nous pas su prédire et anticiper certaines tragédies, telles que des famines et des guerres civiles, que des décennies de désespoir avaient pourtant couvées.

La récente crise économique a aggravé ces problèmes, et par-là même renforcé l’urgence de notre mission. Plus que jamais, le temps est compté, et à moins que nous ne parvenions à accélérer sensiblement notre performance, nos tâches se verront multipliées. Faire face à ces défis de manière créative et urgente constitue désormais un impératif moral.

Surgit donc à nouveau la question de savoir comment traduire la volonté publique internationale de soutien en une action efficace sur le terrain, dans les pays les plus pauvres du monde. Tel est le problème auquel doit faire face au quotidien le Réseau Aga Khan de développement.

Pour y répondre, il sera essentiel d’accroître notre capacité à prévoir les risques et à développer des solutions pour les anticiper. La prévisibilité doit devenir un objectif central de nos activités ; c’est une science qui mérite que la communauté du développement s’y attarde.

Je n’ai pas de solutions magiques à proposer. Mais je me présente devant vous ce matin comme quelqu’un qui observe et écoute avec attention et depuis longtemps le monde du développement, et qui partage avec mes collègues du Réseau un point de vue consistant à regarder « de bas en haut ». Notre expérience du terrain nous a encouragés à mettre l’accent sur les complexités et les subtilités du développement, à penser de façon aussi pragmatique et holistique que possible, et à élaborer des réponses ponctuelles, ciblées et reproductibles.

Je ne cherche pas à nier la nécessité d’étendre les ressources financières et le développement. La réalité nous indique cependant qu’augmenter les ressources s’avérera délicat, comme l’atteste l’annonce récente et regrettable que les contributions gouvernementales sont loin d’atteindre les promesses d’il y a cinq ans à peine.

Mais tandis que nous travaillons à changer cet état de fait, nous avons également l’indéniable obligation de maximiser l’impact des ressources actuellement disponibles. Et là encore, la question est : comment cela se traduit-il sur le terrain ? Pour y parvenir, ma première question a été de savoir si la nature même du processus de développement a changé au cours du temps. Je pense que c’est le cas. Laissez-moi illustrer ceci par cinq principes nés de notre pratique du développement.

Premièrement, j’aimerais citer le rôle croissant de la société civile, terme par lequel j’entends les organisations à but non lucratif œuvrant pour le bien public. De plus en plus, me semble-t-il, une partie des membres de la société civile peut à elle seule constituer un moteur de progrès pour des sociétés en développement, particulièrement là où les gouvernements n’obtiennent pas de résultats probants.

Deuxièmement, je soulignerais le potentiel croissant de ce que certains appellent les « PPP », ou partenariats public-privé. Ce type de collaboration, qui exploite les forces propres à chacun des deux secteurs, sonne le glas des dogmes surannés qui consistent d’une part à déprécier le rôle des entreprises commerciales, et d’autre part à dénigrer les capacités des agences publiques. Un partenariat public-privé efficace se doit d’être véritablement participatif, les leaders de chaque secteur s’engageant à coordonner leur réflexion et à mettre en commun des objectifs, des stratégies, des ressources et des prévisions. Cette approche peut s’avérer efficace, très efficace même, dans les domaines du développement social et culturel notamment, et pas seulement dans le domaine plus établi du développement économique.

Un troisième principe directeur pour notre Réseau, ainsi que pour les autres, est ce que nous appelons le développement multi-secteurs (Multi-Input Area Development). L’acronyme en anglais, MIAD, est disgracieux, mais nous l’utilisons beaucoup. Des actions individuelles ne peuvent venir à bout du problème, pas dans le temps qui est imparti, et pas sur une échelle aussi étendue de besoins. Mais si nous pouvons travailler simultanément, en synergie sur plusieurs fronts, alors les progrès réalisés dans un domaine inciteront les progrès dans d’autres domaines. En d’autres termes, « l’ensemble vaut plus que la somme des éléments qui le composent ».

Le quatrième concept est de reconnaître que la diversité sociale et le pluralisme des peuples sont des atouts, et non des handicaps, pour le processus de développement. Tout en touchant aux complexités du développement dans un contexte donné, nous ne devons pas oublier de différencier plus clairement les multiples contextes qu’il regroupe. Les populations appauvries sont souvent plus diversifiées qu’on ne le croit. Environ 70 pour cent des pauvres de ce monde vivent dans des milieux ruraux où la diversité - ethnique, religieuse, sociale, économique, linguistique, politique – forme un véritable kaléidoscope que l’Histoire agite chaque jour. Ces distinctions locales constituent souvent de précieux outils pour une évolution à long terme.

Enfin, cinquièmement, j’aimerais mentionner ce que beaucoup appellent les « Evaluations de la qualité de vie », soit une manière plus adéquate de mesurer les résultats de notre travail. C’est-à-dire, très simplement, qu’il nous faut adopter un arsenal plus étendu de critères d’évaluation, à la fois quantitatifs et qualitatifs, critères auxquels recourent les pauvres eux-mêmes lorsqu’ils évaluent leur propre bien-être.

Mesurer ainsi les résultats de manière plus large nous permettra de dépasser notre dépendance excessive aux catégories traditionnelles que sont la productivité moyenne, le rendement par hectare, le produit national par habitant ou encore le taux de croissance de la population. Il s’agit certes de variables importantes, mais qui ne prennent vie qu’à partir de l’instant où elles transforment la qualité de vie quotidienne des populations concernées d’une façon qu’elles et leurs enfants peuvent voir et apprécier.
Cette notion d’évaluation de la qualité, bien entendu, n’est pas réservée au monde en développement. Peut-être vous souvenez-vous du discours du président Sarkozy à La Sorbonne en septembre dernier, dans lequel il évoquait l’inadéquation des outils de mesure économique traditionnels. Cette perception a été reprise par l’OCDE - et les 30 pays membres qu’elle représente – qui a réclamé un nouvel arsenal de normes quantitatives et qualitatives reflétant les conditions et les valeurs locales.

Je poserai donc la question suivante : pouvons-nous trouver de nouveaux moyens de financer le renforcement de la société civile, de soutenir des partenariats public-privé plus importants, d’encourager le développement multi-secteurs, de nous adapter à des contextes humains pluralistes, et d’adopter une gamme plus étendue d’outils de mesure qualitative et quantitative ?

Laissez-moi à présent passer du général au spécifique. J’aimerais partager avec vous des exemples d’initiatives importantes prises dans diverses régions du monde, qui n’entrent pas dans le contexte traditionnel du financement international. Je pense que ces exemples seront par conséquent utiles à votre réflexion sur de nouvelles méthodes de financement du développement.

L’une des régions dans lesquelles nous avons concentré nos activités est la région des hautes montagnes d’Asie centrale. Le Badakhshan, par exemple, zone sensible de l’Est du Tadjikistan et de l’Afghanistan, abrite un groupe ethnique divisé par une rivière qui sert également de frontière. Les deux sections de la communauté vivent dans un état de pauvreté extrême. Nous menons dans cette région un programme coordonnant parallèlement la gestion de l’eau et des terres, la santé et l’éducation, l’énergie et le transport, la microfinance et les télécommunications, la culture et le tourisme. Grâce à l’intervention de nombreux partenaires, et en insistant sur les choix locaux, ce programme touche la vie d’un million de personnes.

Après avoir décrit cet exemple prometteur, laissez-moi vous demander quelles méthodes de financement bénéficieraient le mieux à de telles initiatives. Si ce programme s’avère fructueux, pourrait-il être appliqué aux populations pachtounes, elles aussi divisées à l’autre bout de l’Afghanistan et au Pakistan voisin ? N’est-il pas à prévoir qu’après le départ des militaires de la région, un renouveau des institutions civiles sera nécessaire ?

Un autre exemple de projet du Réseau Aga Khan de développement dans la même région est la nouvelle Université d’Asie centrale. Vingt cinq millions de personnes vivent dans cet environnement montagneux, et pourtant, jusqu’à présent, il n’existait aucune institution tertiaire d’éducation spécialisée. Une nouvelle université indépendante et autonome, a donc été fondée, l’Université d’Asie centrale, grâce à un accord international entre les gouvernements du Kazakhstan, du Kirghizistan, du Tadjikistan et moi-même. Cette université, dont les campus seront répartis sur les trois pays, sera spécialisée dans l’enseignement des populations des régions de haute montagne. Je vous repose donc la question : comment faire en sorte de mobiliser au mieux les ressources nécessaires à une telle entreprise, qui englobe les sphères publique et privée, franchit les frontières territoriales et répond à un vide fondamental en termes d’éducation ?

Dans une autre région du monde, nous avons œuvré pendant 25 ans à la transformation d’un quartier autrefois délabré au cœur des ruines du vieux Caire islamique, où la création du parc Al-Azhar a participé à la régénération urbaine du quartier pauvre de Darb al-Ahmar. Ce projet environnemental et archéologique s’est transformé en un havre résidentiel, récréatif et culturel attirant deux millions de visiteurs par an et générant une croissance économique conséquente, durable et mesurable.

Désormais, les dizaines de milliers de gens qui habitent en ces lieux dans une pauvreté extrême peuvent espérer une amélioration de leurs conditions de vie. La conservation historique comme levier du développement est une approche qui mérite d’être répétée. Mais ici encore, à quels outils de financement le développement peut-il prétendre, lorsque que c’est la culture qui sert d’impulsion au changement ?

Je citerai un quatrième exemple venu d’Afrique de l’Est, où l’Université Aga Khan fait figure de pionnière dans l’établissement d’un système de santé régional, au sein d’une initiative locale, non lucrative et privée. Là encore, il s’agit d’un projet qui agira à plusieurs niveaux - services de santé communautaires, hôpitaux de deuxième niveau et hôpitaux de référence de troisième niveau, enseignement médical et écoles d’infirmières, et technologies de pointe. Il desservira les populations du Kenya, de la Tanzanie, de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi. Cependant, là encore, comment une initiative par nature non gouvernementale, mais qui coopère avec cinq gouvernements différents, peut-elle trouver le financement qui lui correspond ? Par bonheur, je dispose désormais de quelques éléments de réponse, grâce à la solution créative apportée à cette initiative par l’Agence française de développement.

Chacun des exemples que j’ai cités aujourd’hui est particulier. Chacun, pour réussir, requiert des outils financiers appropriés qui semblent quasiment impossibles à trouver.

Mais c’est en abordant les nouveaux défis du développement, que vous et vos collègues serez à même d’avoir un réel impact.

Je vous souhaite bonne chance et vous remercie.

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