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His Highness the Aga Khan

Forum d'Avignon: organisé et présidé par Madame Christine Albanel, Ministre français de la culture et de la communication

16 novembre 2008

 

Voir également: Speech by His Highness the Aga Khan

Madame le Ministre de la culture et de la communication,
Madame le Commissaire européen responsable de la société de l'information et des médias,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les hauts représentants de l’Union Européenne,
Mesdames et Messieurs les hauts représentants d’organisations et institutions internationales,
Mesdames et Messieurs les hauts représentants de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur et du département du Vaucluse,
Madame la députée maire d’Avignon,
Mesdames et Messieurs les représentants du monde de la culture et de l’économie,
Mesdames, Messieurs,

Monsieur le Président de la République et vous-même, Madame le Ministre, m’avez fait un grand honneur et une grande joie en m’invitant à dire quelques mots à l'occasion de ce Forum d’Avignon.

Vous m'avez demandé de vous dire un peu de mon expérience sur un sujet dont vous savez qu'il me tient très à cœur :

"La valeur et l'importance de la diversité culturelle et son rôle en faveur de la paix et du développement".

En effet, il y a cinquante ans exactement, lorsque j’ai succédé à l’Imamat de mon grand père, j’ai constaté que les guerres, l’indifférence, la négligence, la volonté d’uniformiser les cultures à l’occasion des colonisations, ou encore le désir de moderniser le bâti, avaient entrainé des pertes irrémédiables de traits distinctifs importants de la culture des pays en voie de développement, en particulier celles des pays musulmans.

Autrement, dit les traits distinctifs des cultures de ces pays, dont la définition de l’UNESCO soulignent le caractère fondamental, périclitaient.

Il fallait réagir.

C’est ma défense de ces cultures, au travers du Réseau Aga Khan pour le Développement, et plus particulièrement son agence spécialisée, le Trust Aga Khan pour la Culture, que je souhaite évoquer aujourd’hui.

Ce Trust pour la Culture déploie ses activités dans trois domaines principaux :

Toutes ces activités, chacune se déclinant en de nombreux sous programmes dans des dizaines de pays, obéissent à trois principes fondamentaux :

Il m’a semblé que le mieux, dans le temps imparti, serait de vous présenter trois exemples de projets réalisés au sein de cette institution, mon souhait étant qu’ils constituent une référence utile pour les débats qui animeront ce Forum au cours des prochains jours.

Trois aspects sont communs à nos programmes : 

Ceci étant posé, j’évoquerai comme premier exemple un programme dans le domaine des œuvres de l’esprit, la musique.

Je voudrais que vous imaginiez l’histoire complexe, la diversité et la richesse des musiques de pays comme le Kazakhstan, la République Kirghize, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan ou l’Afghanistan.

J’ai malheureusement constaté que ces cultures musicales d’Asie Centrale étaient en perdition, pour les raisons que j’exprimais il y a un instant. Non seulement leur mémoire se perdait, mais les schémas musicaux imposés de l’extérieur, souvent avec des arrières pensées politiques, étaient en passe de créer une uniformité, une grisaille culturelle.

Ces processus ont conduit, dans le domaine de la musique que j’évoque ici, mais comme dans bien d’autres, à une perte d’identité.

Dans un monde qui se dit globalisé, certains peuvent trouver normal, voire souhaitable, une uniformisation des cultures.

Je crois pour ma part que les repères identitaires culturels de la personne et du groupe sont la source d’une force intérieure propice à des relations apaisées. Je crois également à la force de la pluralité, sans laquelle aucun échange ne peut avoir lieu. Cette notion fait pour moi partie intégrante de la définition même d’une réelle qualité de vie.

Dans l’exemple de la musique que j’évoque ici il s’est agi, avec le Trust, de relever le défi en créant l’Aga Khan Music Initiative. Nous avons donné à ce projet le nom de « Route de la Soie », tous les pays en question se trouvant sur cette route, à nulle autre pareille, qui reliait la Chine et l’Europe.

L’objectif à long terme est celui-ci :

Aujourd’hui nous assistons à une véritable renaissance de la musique dans ces pays lointains. Ce type de programme a au surplus l’immense qualité de promouvoir le pluralisme culturel, et, ce qui est peut-être plus difficile à appréhender, la légitimité du pluralisme en tant que principe d’organisation d’une société.

Ce résultat n’est pas mesurable avec les outils de l’économiste, mais contribue, je le vérifie à chaque fois, à une renaissance de la conscience des spécificités culturelles et à des progrès sensibles en termes de qualité de la vie. C’est certainement la raison pour laquelle, lorsqu’une collectivité a été témoin et acteur d’une expérience en faveur du pluralisme, elle aspire à la voir se développer dans d’autres domaines. 

De même qu’il est bon que les musiques traditionnelles soient retrouvées et diffusées de par le monde, de même il est important, ce sera mon second exemple, que les jeunes architectes aient la faculté de puiser leur inspiration librement dans toutes les traditions en commençant par la leur. Les architectes de l’orient doivent avoir accès aux meilleures sources de l’occident et vice versa.

C’est dans ce but que le Trust Aga Khan pour la Culture a conçu ARCHNET, le situant au Massachusetts Institute of Technology afin d’en assurer le devenir sur le plan technologique.

Il s’agit encore une fois d’une œuvre de l’esprit, un forum en ligne, une encyclopédie électronique de l’environnement bâti.

Cet outil permet notamment aux architectes des pays en voie de développement d’accéder à des connaissances et des techniques qui leur permettent de construire des bâtiments sans précédent dans leur histoire, par exemple des aéroports, des hôpitaux ou des complexes modernes de bureaux, sans interdire l’intégration d’éléments de leur propre culture. Autrement dit, il est exclut de rejeter les apports techniques de la modernité, mais d’autre part il est essentiel de les assimiler dans le cadre socio-culturel qui les accueille.

L’objectif recherché lorsque nous avons conçu ARCHNET, aujourd’hui atteint, était de susciter une communauté mondiale d’architectes, d’urbanistes, de professeurs et d’étudiants partageant leurs connaissances, en ligne, dans le domaine de l’environnement bâti. Selon les derniers chiffres, cette communauté compte plus de 60.000 membres. A octobre, la croissance, par rapport à l’année dernière, en ouverture sur le site et de pages visitées était en augmentation de 30%.

Mon troisième exemple est celui de la restauration par le Trust Aga Khan de villes historiques et de leurs parcs. Nous sommes intervenus dans ce registre en Afghanistan, au Tadjikistan, en Bosnie Herzégovine, en Egypte, en Syrie, aux Indes, au Pakistan, au Kenya, à Zanzibar et au Mali. Nous avons ainsi contribué à faire revivre des économies rurales et urbaines en mobilisant des sites et des bâtiments historiques qui constituent le cadre de vie des populations qui sont parmi les plus pauvres des pays concernés.

Dans ce contexte il convient aussi de parler du moteur extraordinaire que constituent les partenariats public-privé. Je citerai ici le Dr Manmohan Singh, Premier ministre indien en 2004, qui avait déclaré : « J’espère que plus de partenariats public-privé pourront prospérer pour conserver et restaurer les monuments de nos ancêtres, qui sont malheureusement délaissés et négligés dans nos cités et nos villes. » J’ai été, je dois vous le dire, particulièrement heureux qu’il fasse cette déclaration au Mausolée de l’Empereur Humayun, près de Dehli, restauré grâce à un efficace partenariat entre l’Etat indien et le Trust Aga Khan pour la Culture.

Nous avons appris la richesse et l’efficacité des partenariats public-privé. C’est précisément cette leçon que j’applique dans le cadre de la réhabilitation du domaine de Chantilly, programme que je conduis à titre personnel, la main dans la main, avec l’Institut de France, la ville de Chantilly, le Département de l’Oise, la Région Picardie et France-Galop.

Ces exemples comptent parmi ceux dont l’impact peut être mesuré en utilisant les outils traditionnels de l’économie, tel l’impact sur une démographie donnée et l’amélioration quantifiée dans les paramètres de la qualité de la vie. Ceci me permet d’espérer, pour la première fois, que ce type d’intervention pourra être financé par les grandes agences financières internationales, sans encourir le risque qu’elles nous qualifient de carnivores budgétaires.

Mon expérience va ainsi tout à fait dans le sens de ce que disiez tout à l’heure, Madame le Ministre : « La culture n’est pas dans un monde à part, elle s’insère dans un environnement économique bien réel ».

Pour terminer je voudrais vous dire sous une autre forme ce à quoi j’ai déjà fait allusion indirectement : je suis très soucieux du vide qui sépare les cultures.

Ce vide n’est cependant pas ce que l’on appelle à tort le choc des civilisations.

Le vide est tout aussi dangereux potentiellement qu’un choc, car l’ignorance de l’autre et la méconnaissance de la richesse que constitue la pluralité peuvent déboucher sur le mépris, la haine et la guerre.

Le vide cependant peut être comblé, alors que le choc est irrémédiable.

Ce vide nous en avons éminemment conscience et c’est la raison profonde pour laquelle nous agissons. Je vous ai donné quelques exemples mais il en est bien d’autre, tel le musée Aga Khan qui sera construit à Toronto pour devenir le centre spécialisé en Amérique du Nord de l’art islamique et échanger avec tous les grands musées d’occident.

J’espère beaucoup que ces partenariats pourront se développer avec les Etats, les organisations internationales et leurs agences de développement. Ils nous ont considérablement soutenu et aidé dans le passé et je suis sûr qu’ils trouveront dans cet outil de nouvelles voies pour poursuivre leur action.

Puisque ce Forum d’Avignon se déroule sous l’égide de la Présidence française de l’Union Européenne, je saluerai en terminant la coopération efficace qui existe entre l’Union Européenne et les agences de développement de nombreux Etats de l’Union, d’une part, et le Réseau Aga Khan pour le Développement, d’autre part. Et puisque nous sommes en France permettez que je me réjouisse particulièrement de la coopération qui existe avec l’Agence Française de Développement et son réseau.

J’espère avoir démontré les effets éminemment bénéfiques d’initiatives sérieuses dans le domaine de la culture, qu’ils soient mesurables en termes économiques ou perceptibles en termes de progrès du pluralisme, et donc de la qualité de la vie. La culture n’est décidément ni un simple complément, ni un luxe. CQFD.

Je vous remercie.

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