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La communauté ismailie


Histoire
[Extraits de la préface du livre de Farhad Daftary, The Ismailis: Their history and doctrines (Cambridge University Press, 1990, pp.xv-xvi. Voir aussi, du même auteur, Les ismaéliens (éd. Fayard, 2003).]

« Les Ismailis forment la deuxième communauté musulmane chiite après celle des chiites duodécimains, et vivent aujourd’hui disséminés dans quelque vingt pays d’Asie, d’Afrique, d’Europe et d’Amérique. Ce livre retrace l’histoire et les doctrines du mouvement ismaili, de ses origines au temps présent, sur une période couvrant près de douze siècles ».

 « Les origines du sunnisme et du chiisme, les deux branches principales de l’islam, remontent à la crise de succession à laquelle la communauté musulmane naissante fit face à la suite de la mort du Prophète Muhammad, bien que les bases doctrinales de ces divisions aient été progressivement posées au cours de plusieurs siècles. À son tour, la pensée minoritaire de l’islam chiite se subdivisa en différents groupes. Cependant, la plupart de ces groupes devaient vite disparaître, à l’exception majeure du chiisme imamite. Le chiisme imamite avait, très tôt, été le socle commun de plusieurs sectes chiites, notamment les chiites duodécimains et les ismailis. »

 « L’histoire des ismailis est longue et mouvementée. À l’époque médiévale, ils établirent par deux fois des États de plein droit et jouèrent un rôle majeur durant des périodes relativement longues dans l’histoire du monde musulman. Au cours du second siècle de leur histoire, les ismailis fondèrent le premier califat chiite sous les Califes-Imams fatimides. Ils contribuèrent également, de manière significative, à la pensée et à la culture islamiques pendant la période fatimide. Plus tard, un schisme divisa l’ismailisme en deux branches principales : les nizaris et les mustaliens. Les chefs nizaris réussirent à fonder un État cohésif, défendu par de nombreuses forteresses érigées dans les régions montagneuses et s’étendant sur des territoires allant de la Perse orientale à la Syrie. L’État nizari ne s’effondra finalement que sous les assauts des envahisseurs mongols. Par la suite, les ismailis ne regagnèrent jamais leur ascendant politique. Ils devinrent une secte musulmane chiite minoritaire et survécurent dispersés dans de nombreuses régions. Cependant, dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, les chefs spirituels, les imams de la majorité nizarie, sortirent de la clandestinité et s’impliquèrent activement dans certains événements politiques en Perse, puis dans les Indes britanniques. Plus tard, ils occupèrent le devant de la scène internationale sous le titre héréditaire d’Agha Khan (Aga Khan) ».

En raison des événements politiques en Iran à la fin des années 1830 et au début des années 1840, le 46e imam, Aga Hasan Ali Shah, émigra vers le sous-continent indien. Il fut le premier imam à porter le titre d’Aga Khan qui lui avait été conféré par le Shah de Perse, Fath Ali Shah. Il s’installa à Bombay en 1848, où il établit son quartier général. L’événement eut un effet hautement stimulant sur la communauté en Inde, mais aussi sur la vie religieuse et communautaire de l’ensemble des ismailis à travers le monde. Dès lors, les musulmans chiites ismailis présents en Inde développèrent leur confiance en soi et un sentiment d’appartenance, qui leur permirent de jeter les bases de leur progrès social.  À cette même époque, les contacts entre l’Imam et ses disciples, qui étaient très dispersés, se firent plus réguliers. En effet, des délégations de fidèles, venues de Kashgar en Chine, Boukhara en Asie centrale, de toutes les régions d’Iran et du Moyen-Orient, vinrent recueillir  à Bombay les directives de l’Imam.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle et au début du XXe siècle, les ismailis du sous-continent indien migrèrent en grand nombre vers l’Afrique de l’Est.

La communauté ismailie au XXe siècle
Sous la conduite de Sir Sultan Mahomed Shah, l’Aga Khan III, la première moitié du XXe siècle fut une période de développement considérable pour la communauté ismailie. De nombreuses institutions pour le développement économique et social furent créées dans le sous-continent indien et en Afrique de l’Est. La célébration publique des jubilés des imams est une tradition ismailie symbolique marquant le lien qui unit l’Imam et ses disciples. Bien qu’ils ne revêtent aucune signification religieuse véritable, les jubilés servent à réaffirmer l’engagement de l’imamat pour l’amélioration des conditions de vie à travers le monde, et en particulier dans les pays en développement. 

Les jubilés de Sir Sultan Mahomed Shah, l’Aga Khan III, sont gravés dans les mémoires. Au cours des 72 années de son imamat (1885 - 1957), la communauté célébra ses jubilés d’or (en 1937), de diamant (en 1946) et de platine (en 1954). En témoignage de leur reconnaissance et affection, les ismailis firent don à l’Imam de son poids, successivement, en or, en diamant et, symboliquement, en platine. Ces dons furent redistribués à des institutions œuvrant grandement au développement et au progrès social en Asie et en Afrique.

En Inde et au Pakistan, des institutions de développement social telles que le Diamond Jubilee Trust et la Platinum Jubilee Investments Limited furent créées « pour le soulagement de l’humanité », selon les mots du regretté Aga Khan. À leur tour, ces institutions aidèrent au développement de divers modèles de sociétés cooperatives. Des écoles de jeunes filles Diamond Jubilee furent fondées dans les régions isolées du nord du Pakistan actuel. Par ailleurs, les programmes de bourses, qui avaient été créés au moment du jubilé d’or dans le but de venir en aide aux étudiants en difficulté, virent leur ampleur progressivement renforcée. En Afrique de l’Est, des institutions de développement économique et de progrès social de grande envergure furent créées. Les institutions qui avaient pour vocation le progrès social œuvrèrent notamment à l’accélération de la création d’écoles et de centres communautaires, et fondèrent un hôpital moderne– et entièrement équipé – à Nairobi. Les institutions pour le développement économique créées à cette époque en Afrique de l’Est comptaient notamment le Diamond Jubilee Investment Trust (maintenant appelé Diamond Trust of Kenya) et le groupe Jubilee Insurance. Ces sociétés sont aujourd’hui cotées à la bourse de Nairobi et sont devenues des acteurs majeurs du développement national.

Sir Sultan Mahomed Shah fut également à l’origine de la création de nouvelles formes organisationnelles qui permirent aux communautés ismailies de structurer et diriger leurs affaires. Celles-ci s’appuyaient à la fois sur les valeurs éthiques traditionnelles de la communauté musulmane et sur celles de l’individu, responsable de ses choix et de son destin. En 1905, l’Imam décréta la première Constitution ismailie pour la gouvernance sociale de la communauté d’Afrique de l’Est. La nouvelle administration gérant les affaires de la communauté fut alors organisée hiérarchiquement en conseils locaux, nationaux et régionaux. La Constitution établit également un ensemble de règles en matière de mariage, divorce et succession, ainsi que des directives favorisant la coopération et le soutien entre ismailis et concernant leurs relations avec les autres communautés. Des constitutions similaires furent promulguées dans le sous-continent indien, et furent régulièrement révisées afin d’être adaptées aux nouveaux besoins et aux spécificités diverses des régions où elles étaient mises en œuvre.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, nombre de régions où résidaient les ismailis subirent des changements sociaux, économiques et politiques de grande ampleur.

En 1947, la domination britannique du sous-continent indien s’acheva. La création des deux nations indépendantes et souveraines de l’Inde et du Pakistan eut comme conséquence la migration d’au moins un million de personnes et des pertes dramatiques en vies humaines et en biens. Au Moyen-Orient, la crise de Suez en 1956 et la crise en Iran qui la précéda illustrèrent la flambée du nationalisme qui fut autant l’affirmation des aspirations sociales et économiques de ces régions que celle de leur volonté d’indépendance politique. Le continent africain s’engagea sur la voie de la décolonisation, balayé par le « vent du changement », selon les termes employés avec beaucoup de justesse par Harold Macmillan, le Premier ministre britannique de l’époque. Au début des années 1960, la majeure partie de l’Afrique centrale et de l’Afrique de l’Est, les régions d’Afrique où la majorité de la population ismailie résidaient (notamment le Tanganyika, le Kenya, l’Ouganda, la République de Madagascar, le Rwanda, le Burundi et le Zaïre), avait conquis son indépendance politique.

L’actuel Aga Khan accéda à l’imamat en 1957 dans un monde en pleine mutation. La période suivant son accession vit une accélération des changements politiques et économiques. Dans ce contexte de changements radicaux survenant dans les jeunes nations émergentes, il devint de plus en plus difficile de développer des programmes et fonder des institutions. À son accession à l’imamat, le souci immédiat de l’actuel Aga Khan fut la préparation de tous les ismailis à la nouvelle donne mondiale. Cette période d’accélération de l’Histoire appela des initiatives audacieuses et l’élaboration de nouveaux programmes à la hauteur des aspirations nationales grandissantes. 

Jusqu’au milieu des années cinquante, l’objectif primordial des programmes économiques et de progrès social de la communauté ismailie — en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient — fut de constituer une vaste réserve  d’hommes d’affaires, d’experts en agriculture et de professionnels. Les établissements scolaires de la communauté avaient jusqu’alors tendance à donner la priorité à l’éducation secondaire. Avec l’accession à l’indépendance, les aspirations économiques des nouvelles nations prirent une nouvelle dimension, mettant un accent tout particulier sur l’industrialisation et la modernisation du secteur agricole. Dans le contexte de ces nouveaux objectifs nationaux, il fallut réévaluer les priorités de la communauté en matière d’éducation, ce qui conduisit à la création de nouvelles institutions pour répondre à la complexité grandissante du processus de développement.

En 1972, sous le régime du Président Idi Amin, les ismailis et les communautés asiatiques, qui résidaient dans le pays depuis des générations, furent expulsées. L’Aga Khan dut prendre des mesures d’urgence pour faciliter la réinstallation des ismailis déplacés hors des frontières de l’Ouganda, de Tanzanie, du Kenya et de Birmanie. Grâce aux efforts personnels que l’Aga Khan déploya, la plupart d’entre eux trouvèrent refuge en Asie, mais aussi en Europe et en Amérique du Nord. Les problèmes de base liés à leur réinstallation furent, dans l’ensemble, résolus avec une remarquable rapidité, du fait de la grande capacité d’adaptation des ismailis, de leur éducation et de leurs connaissances linguistiques, mais aussi grâce aux efforts des pays d’accueil et au soutien moral et matériel fourni par les programmes de la communauté ismailie.

L’allégeance spirituelle à l’Imam et l’adhésion à la tariqah (voie) islamique chiite imamite ismailie, selon les directives de l’Imam de l’époque, ont suscité dans la communauté ismailie une éthique de l’autosuffisance, une forte cohésion et une identité commune. L’actuel Aga Khan a poursuivi l’action initiée par son prédécesseur et étendu les constitutions aux communautés ismailies présentes aux États-Unis, au Canada, dans plusieurs pays européens, dans le Golfe, en Syrie et en Iran, en recourant à un processus consultatif dans chacune des circonscriptions. En 1986, il promulgua une Constitution qui, pour la première fois, organisait la gouvernance sociale de la communauté ismailie mondiale, lui donnant une structure unique et flexible pouvant s’adapter aux spécificités des différentes régions du monde. La Constitution est servie par des bénévoles nommés par l’Imam et responsables devant lui. Son fonctionnement encourage chaque individu à exploiter le meilleur de sa créativité, sur la base d’une éthique de la responsabilité de groupe, dans le but de promouvoir le bien-être commun.

Sur le modèle des précédentes constitutions, la Constitution actuelle se fonde sur l’allégeance spirituelle de chaque ismaili envers l’Imam de l’époque, qui se distingue de l’allégeance séculaire que chaque ismaili doit au pays dont il a la citoyenneté. Tout comme son prédécesseur, l’Imam actuel insiste, dans ses directives, sur l’obligation fondamentale que représente l’allégeance des ismailis à leur pays. Les ismailis ne sauraient s’acquitter de ces obligations par l’expression d’une affirmation passive, mais doivent s’engager de manière responsable et active à maintenir l’intégrité nationale et à contribuer au développement harmonieux de leur pays.

Au regard de l’importance que l’islam attribue au maintien de l’équilibre entre le bien-être spirituel de l’individu et sa qualité de vie, les directives de l’Imam abordent ces deux aspects de l’existence des fidèles. L’Aga Khan encourage les musulmans ismailis demeurant dans les pays industrialisés, à contribuer au progrès des communautés du monde en développement,  à travers de multiples programmes de développement. Au cours des dernières années, les musulmans ismailis, qui se sont installés aux États-Unis, au Canada et en Europe, dans la plupart des cas comme réfugiés d’Asie et d’Afrique, se sont aisément intégrés dans le tissu socio-économique et éducatif des zones urbaines et rurales des deux continents. De la même manière que cela s’est fait dans le monde en développement, l’implantation de la communauté musulmane ismailie dans le monde industriel a entraîné la création d’institutions communautaires se caractérisant par une éthique d’autosuffisance, une attention toute particulière portée à l’éducation et un esprit général de philanthropie.

De juillet 1982 à juillet 1983, en dépit de la disparition des cérémonies de pesée, de nombreux projets furent lancés pour fêter le jubilé d’argent marquant le vingt-cinquième anniversaire de l’accession à l’imamat de l’actuel Aga Khan. Ces projets aboutirent à la fondation, pour un coût de 300 millions de dollars US, de l’Université Aga Khan (Aga Khan University ou AKU) internationale, dotée d’une Faculté des sciences de la santé et d’un centre hospitalier universitaire basé à Karachi. Ils permirent également l’expansion des écoles de jeunes filles et des centres médicaux dans la région de Hunza, une des régions les plus inaccessibles du nord du Pakistan aux frontières avec la Chine et l’Afghanistan, ainsi que la création du Programme Aga Khan de soutien rural au Gujarat en Inde, l’agrandissement des hôpitaux de ville existants et la création de centres de santé primaire en Tanzanie et au Kenya.

Ces initiatives font partie d’un réseau international d’institutions consacrées principalement à l’éducation, à la santé, au développement rural, à l’architecture et à la promotion de l’initiative privée. Toutes ces institutions forment le Réseau Aga Khan de développement.

Œuvrer pour la dignité humaine et le soulagement de la souffrance, telle est la vocation des institutions philanthropiques de l’imamat. Faire don de ses compétences et de son temps et partager ses moyens intellectuels et matériels avec ceux qui vivent près de nous, pour combattre la pauvreté, la souffrance ou l’ignorance est une tradition profondément enracinée dans la communauté musulmane ismailie, et qui façonne sa conscience sociale.

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