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His Highness the Aga Khan

Discours du Ministre de la Culture et de la Communication

9 novembre 2010

 

Voir également: Speech in English and General News

Votre Altesse,
Cher Prince Amyn,

Si je suis infiniment honoré de vous recevoir aujourd’hui, c’est que, cosmopolites par essence, pluriels par religion, ouverts par éducation, vous êtes parvenus à pérenniser, avec brio, une longue tradition familiale de défense du pluralisme et d’engagement social et culturel dans le monde entier. De culture indienne, italienne et anglaise par vos parents, africaine par votre enfance passée à Nairobi, suisse et américaine par vos études, la planète est votre demeure ; l’ouverture, la tolérance et le dialogue interreligieux, votre héritage. Vous avez réussi, tous deux, avec votre empreinte personnelle, à marquer le monde contemporain.

Vous rendre hommage ce soir, c’est aussi rappeler que l’ismaélisme, par son message de paix et de rapprochement, est plus que jamais à la pointe du dialogue entre les grandes religions monothéistes. Partout où il est implanté, la méditation, la tolérance et solidarité forment un croisement singulier, si propre à votre communauté. Depuis le XIXème siècle, la foi ismaélienne a prouvé de manière magistrale, par le biais de son réseau internationaux d’organisations charitables, l’ancrage de ses convictions spirituelle dans le monde séculier.

Ces valeurs, votre famille les ont portées et incarnées au plus haut niveau. Vous recevoir ce soir, c’est également rendre hommage à la mémoire de votre grand-père, Son Altesse le 48ème Imam, qui eu la lourde tâche d’être Secrétaire général de la Société Des Nations en 1937 et 1938, dans un climat politique où le courage était de rigueur pour tous ceux qui se faisaient les avocats de la paix. C’est aussi son épouse française, la begum Mata Salamat, mère de paix, dont le souvenir restera inoubliable, notamment pour tous ceux à qui elle s’est portée secours, et qui repose aux côtés de son époux sur les rives du Nil, à Assouan. Je pense également au très regretté Prince Sadruddin, votre oncle, qui fut Haut Commissaire des Nations Unies aux Réfugiés à une période clef pour l’histoire de cette institution à la mission si importante ; et à votre père, bien sûr, le Prince Ali Khan, aimé de tous, à qui le destin n’a pas permis de donner toute la mesure de son incroyable culture et de son esprit de civilisation.

 

Votre Altesse l’Aga Khan,

Je souhaite aujourd’hui saluer votre action exceptionnelle en faveur de la culture, dans toute sa richesse et sa diversité, et j’espère, pour cela, ne pas heurter la pudeur qui est la vôtre, car je sais que, en homme de grande valeur, vous faites preuve d’une extraordinaire modestie, dépersonnalisant souvent vos actes, agissant en silence, préférant de loin l’influence au pouvoir et la discrétion à la lumière.

Si vous êtes l’illustre descendant d’une dynastie dépositaire d’une foi et d’une histoire, vous êtes également un homme résolument ancré dans votre temps. Humaniste engagé, idéaliste pragmatique, homme d’affaires débordant d’idées, vous avez mille et une vies, et des projets que vous menez toujours avec la même ardeur, convaincu de l’importance de la vitalité et de la créativité. Mais vos talents, vous allez surtout les mettre au service des autres, et de votre peuple, les ismaélites, en particulier. C’est pour vous, encore plus qu’une passion, une vocation.

C’est en 1957 que vous succédez à votre grand-père et devenez le 49e imam des ismaéliens, descendant du Prophète en ligne directe. A l’heure de changements politiques et économiques majeurs, vous allez être un véritable ciment pour cette communauté qui compte près de 15 millions de fidèles disséminés à travers le monde dans 25 pays. Héritier d’une conception ouverte de l’Islam, le rôle de l’intelligence dans la foi est pour vous primordial ; ce sont avant tout la compassion, la tolérance et le maintien de la dignité de l'homme que vous prônez. Chef spirituel, vous vous faites également chef temporel, soucieux du bien-être de tous les musulmans, avec cette ouverture au pluralisme qui vous fait honneur. Pour le chef d’Etat sans Etat que vous êtes, c’est l’engagement qui est votre patrie.

Votre dynamisme et votre créativité d’homme d’affaires naissent lors de vos études à la prestigieuse université de Harvard. Etudiant fougueux et idéaliste, vous êtes aussi un apprenti entrepreneur débordant de projets. A 22 ans, vous lancez The Nation, le quotidien des indépendantistes africains contre le colonialisme britannique, symbole de liberté devenu l’un des plus prestigieux quotidiens d’Afrique de l’Est.

Mêlant avec talent théorie et pratique, convaincu de l’importance de l’esprit d’initiative dans le développement, votre réflexion avancée sur votre foi et votre responsabilité personnelle vous conduit à mettre en œuvre une action d’aide au développement inédite du point de vue de son échelle, de son implication et de ses principes d’action : c’est le Réseau Aga Khan de Développement, dont la mission est « l’amélioration des conditions de vie et des opportunités pour les pauvres, sans considération de foi, origine ou sexe ». Le soutien à l’initiative privée, qui est au cœur de votre action, traduit votre conception centrale de la responsabilité de l’homme vis-à-vis de sa propre destinée, en accord avec votre vision de l'Islam et sa tradition de service à l'humanité.

Nombreux sont les pays qui recevront le souffle de votre dynamisme : de la Tanzanie, pays où vous avez vécu, au Kenya, en passant par l’Ouganda, le Mozambique ou le Tadjikistan. Parmi les très nombreuses entreprises de développement que vous avez menées, je retiendrai ce soir votre action emblématique dans la région de Gilgit, dans les splendides paysages de la vallée de la Hunza. Cette région parvient non seulement à l’autosuffisance alimentaire, mais également à doubler, en 10 ans, son revenu par tête. Les experts de la Banque mondiale ont, à plusieurs reprises, fait le voyage de Karimabad la bien nommée pour constater la prouesse : celle d’avoir transformé une région difficile et isolée en un nouveau pays de cocagne, où l’éducation des femmes, la santé et le développement rural, à l’ombre des abricotiers et des hautes cimes de la Karakoram, sont vos priorités.

Toutes ces actions sont menées avec ce souci de perfection qui vous caractérise : vous êtes dans le domaine de l’excellence, appliquée à la philanthropie. Votre exigence est admirée. Vos hôpitaux, vos écoles, vos banques font référence, et le fait d’être une entreprise estampillée Aga Khan est une assurance de qualité pour tous.

La culture est pour vous un vecteur de paix et un outil d’avenir pour l’Islam. Elle occupe, parmi vos multiples engagements, une place privilégiée, convaincu que vous êtes de son importance dans le processus global d’amélioration des conditions de vie des populations. Cette conviction a pu vous faire dire récemment que vous aviez, je cite, « souhaité placer la culture au cœur de la problématique du développement ». C’est dans cet esprit que vous créez en 1988 une agence spécialisée, l’Aga Khan Trust for Culture.

Héritant de votre lignée la passion du patrimoine, vous vous intéressez particulièrement à l’architecture qui selon vous porte en elle, par l’impact qu’elle a sur la vie matérielle et individuelle de l’individu, « le processus du changement ». Ainsi le prestigieux Prix Aga Khan d’architecture, que vous créez en 1977, s’attache à récompenser des réalisations porteuses de solutions novatrices en matière de développement social en s’appuyant sur l’utilisation des ressources locales, et permet de susciter de nouvelles inspirations pour l’architecture du monde islamique. L’architecte français Jean Nouvel en a été titulaire en 1987 pour la réalisation de l’Institut du Monde Arabe à Paris. Vous mettez également en place, en 1992, un vaste programme de soutien aux villes historiques, visant à conserver et réhabiliter édifices et espaces urbains au sein du monde musulman - cette revitalisation constituant à la fois un excellent moteur de développement et un formidable levier moral. Vos interventions s’étendent à l’ensemble du monde musulman, de l’Afghanistan au Mali, mais aussi en Europe, en l’occurrence en Bosnie Herzégovine.

En grand défenseur de la culture, passionné par les lieux porteurs d’une identité culturelle forte, vous avez sauvé l’un des fleurons de la culture française, dont la Princesse de Clèves disait : « de tous les lieux que le soleil éclaire, il n’y en a point un pareil à celui-là ». Je veux bien sûr parler du domaine de Chantilly. Pareil à Le Nôtre lançant un plan de 20 ans pour réaliser des jardins dignes des lieux, c’est également un vaste projet de 20 ans englobant la totalité du site que vous décidez de soutenir par le biais de votre Fondation. Le domaine de Chantilly, son histoire, ses salons, ses collections, vous doit beaucoup. Le domaine va retrouver, grâce à vous, son éclat d’antan, grâce à la restauration du château, mais également des collections, la réhabilitation du parc et la mise en place d’un projet global d’aménagement. C’est l’ambition des grands princes français qui se voit ainsi reprise par Votre Altesse, qui se fait l’artisan d’une renaissance spectaculaire, que vous évoquerez avec une grande modestie.

Chantilly, ce sont aussi ses magnifiques écuries, c’est le monde du cheval auquel vous êtes attaché par une tradition familiale d’une grande vivacité, depuis l’épopée légendaire du départ de Perse du Premier Aga Khan sur ceux qu’on appelait les plus beaux chevaux de la terre, jusqu’aux victoires, elles aussi légendaires, de vos pur sangs. À travers la rénovation de l’hippodrome, achevée en 2004, vous avez permis que se perpétue la tradition des courses instaurées au XVIIIe siècle, dont le Prix de Diane ou le Prix du Jockey Club sont aujourd’hui le prolongement, célébrations aussi festives que prestigieuses pour l’équitation française.

Membre associé étranger de l’Académie des Beaux-Arts, vous êtes également un fervent avocat de la diversité culturelle et notamment du dialogue entre monde musulman et monde occidental. Les deux magnifiques expositions que nous avons pu admirer cette année au Louvre, « Chefs d’œuvre islamiques de l’Aga Khan museum » et « Le chant du monde, l’art de l’Iran safavide » témoignaient de cette certitude. Vous avez également souhaité que le futur Aga Khan Museum de Toronto, conçu par l’architecte Fumihiko Maki, élève de Kenzo Tange, soit une illustration de la diversité historique, culturelle et géographique de la culture islamique ainsi qu’un forum d’échanges permanents entre le monde islamique et le monde occidental ; le futur Musée maritime de Zanzibar, dédié à la présentation des différentes cultures maritimes de l’Océan indien, sera lui aussi conçu comme un lieu de dialogue entre Afrique, Moyen Orient et sous-continent indien.

Au lancement du Forum d’Avignon il y a 3 ans, vous aviez déclaré : « Je crois à la force de la pluralité, sans laquelle aucun échangene peut avoir lieu ». C’est en réconciliant le pragmatisme et l’idéalisme, que votre engagement hors du commun en faveur de l’art et de la culture s’inscrit dans l’histoire. Il vient servir votre lutte constante pour conjurer ce que vous appeliez, lors du lancement du Forum d’Avignon en 2008, les dangers du vide qui sépare les cultures.

C’est en France que votre famille a choisi d’établir résidence, et notre République laïque est devenu votre pays. J’y vois le signe d’un lien très fort entre les valeurs républicaines et votre conception de l’action.

Votre Altesse, au nom de la République française, nous vous remettons les insignes de Commandeur dans l'ordre des Arts et des Lettres.

 

Prince Amyn Aga Khan,

C’est un immense plaisir et un véritable honneur que de rendre hommage, ce soir, à l’homme des arts et du raffinement, féru de patrimoine, qui se consacre avec passion à la culture française et internationale.

Digne héritier d’une famille qui n’a cessé d’exprimer son attachement au pluralisme culturel et qui s’est engagée, depuis plusieurs générations, dans l’action internationale, vous êtes aujourd’hui à la tête de nombreuses institutions prestigieuses, œuvrant au mieux-être des peuples à travers le monde. Tout comme votre grand-père, qui fut Président de la Société des Nations, et votre père, ambassadeur du Pakistan auprès des Nations Unies, vous travaillez, après de brillantes études, au sein de cette prestigieuse institution qui veille au quotidien sur le monde : je veux parler des Nations Unies, dont vous rejoignez, en 1965, le Conseil économique et social.

Avec dynamisme et ouverture, vous participez, dès 1968, à l’administration des principales institutions de développement de l’imamat. La force de votre réseau à l’international et l’influence dont vous faites preuve vous permettent d’y jouer un rôle prépondérant, notamment au sein du Réseau Aga Khan pour le Développement. Directeur de la Fondation Aga Khan, votre action dans plus de 15 pays vous permet de renforcer avec modernité la tradition de philanthropie de la communauté musulmane ismaélienne.

Membre du conseil d’administration et président du comité exécutif du Fonds Aga Khan pour le Développement économique (AKFED), vous parvenez, à travers cette agence, qui se consacre à la promotion de l’entrepreneuriat et à la création de structures à l’économie saine et durable dans les régions du monde en développement, à donner un nouveau souffle et une nouvelle chance à des populations trop souvent oubliées ou isolées. Vous considérez, avec générosité, que tout retour sur investissement doit bénéficier aux populations des pays concernés et à elles seules.

Vous avez également, avec un dévouement exemplaire, contribué au développement de Tourism Promotion Services (TPS) qui vise à développer le tourisme dans certaines zones des pays en développement, en particulier dans les régions mal desservies, en construisant, en réhabilitant et en gérant des hébergements touristiques indispensables à la vitalité des économies locales.

Mais, dans ces actions exceptionnelles, la culture demeure une priorité. En tant que directeur du Trust Aga Khan pour la culture (AKTC), vous jouez un rôle majeur dans la revitalisation de l’environnement physique, social, culturel et économique de communautés du monde musulman. Le Prix Aga Khan d’architecture, le Programme Aga Khan en faveur des villes historiques, l’Initiative pour la musique en Asie centrale, le centre de documentation en ligne ArchNet et le Programme Aga Khan d’architecture islamique à l’université de Harvard et au Massachusetts Institute of Technology : autant de récompenses, de structures et de projets remarquables qui prouvent le dynamisme et la pertinence de votre engagement.

Je ne peux oublier votre fonction d’administrateur au sein d’une institution qui m’est chère : le World Monuments Fund, principale organisation internationale privée consacrée à la conservation des monuments historiques et des sites répartis sur les cinq continents. Depuis sa fondation en 1965, le WMF a su réunir des partenaires publics et privés dont l’action conjointe a permis la restauration d’un nombre sans précédent de monuments dans plus de 80 pays.

Je voudrais enfin rappeler, bien sûr, vos actions de mécénat en faveur de la culture et du patrimoine français. Grand collectionneur d’art, fin passionné de patrimoine, vous vous engagez régulièrement aux côtés d’institutions prestigieuses afin de soutenir la mise en œuvre de leurs projets culturels.

Ce sont ainsi les plus grandes institutions culturelles françaises qui bénéficient de votre contribution. Egrener quelques noms ne permettra pas de rendre compte du champ de votre investissement. Je pense évidemment à l’Association pour le rayonnement de l’Opéra de Paris ; je pense également au Louvre, dont vous êtes mécène et auprès duquel vous vous êtes engagé en tant que membre du conseil d’administration de la Société des Amis du Louvre. Le Trust Aga Khan pour la Culture, en ouverture d’une saison dédiée aux arts et à la culture du monde musulman, avait également participé en 2007 à une exposition intitulée « Chefs-d’œuvre islamiques de l’Aga Khan Museum » qui présentait dans les galeries du Louvre près de 80 œuvres issues des collections de l’Aga Khan. Je veux imaginer que cette exposition n’a été qu’un préambule aux trésors qui seront présentés au nouvel Aga Khan Museum, dont l’ouverture à Toronto est prévue en 2013. N’oublions pas non plus votre mécénat pour l’exposition « Purs décors ? Chefs-d’œuvre de l’Islam aux Arts décoratifs », présentée en 2007 et 2008 au musée des Arts Décoratifs.

Et revenons, si vous le voulez bien, au château de Chantilly, dont la Grande Singerie, au cœur du grand appartement des princes de Condé, le plus bel ensemble décoratif du château, a été restaurée grâce à l’action conjointe en 2007 du World Monuments Fund et de la Fondation pour la sauvegarde et le développement du domaine de Chantilly, créée à l’initiative de votre frère.

Parce que vous êtes, entre autres, le meilleur ministre de la culture dont Son Altesse votre frère pût rêver, cher Prince Amyn, au nom de la République française, nous vous remettons les insignes d'Officier dans l'ordre des Arts et des Lettres.

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