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L’imamat ismaili


L’islam: introduction générale
Dernière des religions révélées issues de la tradition abrahamique, l’islam émerge durant les premières décennies du VIIe siècle. Son message éternel s’adresse à tous les êtres doués de sagesse et de raison, les appelant à chercher dans leur vie quotidienne, dans le rythme de la nature, dans l’ordre de l’univers, en eux-mêmes, et dans la très grande diversité de l’humanité, les signes indiquant la présence du Créateur et Soutien de l’univers, le Seul digne d’adoration et de soumission.* Ce message fut révélé au Prophète Muhammad (que la paix d’Allah soit sur lui) en Arabie, région à partir de laquelle son influence se répandit rapidement et qui, en un peu plus d’un siècle, rayonna de l’Asie centrale à la péninsule ibérique. Religion majeure à travers le monde, l’islam compte aujourd’hui parmi ses fidèles un quart de la population mondiale, tous attachés à leur foi par le message du Prophète qu' « il n'y a pas de vraie divinité sinon Dieu, et [que] Muhammad est Son messager ».

Les musulmans sont ceux qui se soumettent à Dieu. Ils forment la communauté de la voie du milieu, de la modération, à qui il est enseigné d’éviter les extrêmes, de rechercher le bien et de se défendre du mal, en s’appuyant sur la raison. Une telle communauté ne saurait recourir à la coercition. Elle laisse l’individu libre de sa foi et l’encourage dans la voie du bien : c’est la noblesse de sa conduite qui lui vaut l’amour de Dieu. Dans la pureté originelle de son message, l’islam parle de la lutte que chaque individu engage dans l’intimité de son être, en résonnance avec ceux qui partagent sa foi, pour prendre part à la vie terrestre tout en cherchant à s’élever au dessus des contingences temporelles dans la quête de Dieu. Mais cette quête ne prend son sens qu’accompagnée de la volonté indéfectible de faire le bien de son prochain, de l’orphelin, du nécessiteux, de l’être vulnérable ; d’être juste, honnête, humble, tolérant et miséricordieux. **

Chaque croyant vit la dimension spirituelle de l’islam à sa manière, selon ses capacités et son milieu culturel. Depuis la mort du Prophète, les religieux et les érudits n’ont pas tous la même conception de ce qui est censé constituer la communauté idéale. La vision globalisante de la société prônée par l’islam, telle qu'elle s'est développée au fil des siècles et au sein de différentes cultures, rend problématique toute conception monolithique de la société idéale. Néanmoins, quel que soit le milieu culturel dans lequel l’islam s’enracine et partout où sont présents les musulmans, la foi musulmane se manifeste de manière tangible par une même volonté de soumission à Dieu et une même sensibilité dans les comportements et actes de dévotion.

L’islam chiite : les origines historiques
Tout en maintenant son unité fondamentale, l’islam a apporté en son sein, à travers les âges, des réponses variées au message premier d’abandon de soi à Dieu. Historiquement, ces réponses ont donné naissance à deux branches principales de l'islam: le sunnisme et le chiisme. Chacun de ces deux courants englobe une riche diversité d‘approches spirituelles, de systèmes juridiques, de cadres sociaux et psychologiques, d’entités politiques et de cultures. Au sein de l’islam chiite, l’ismailisme cherche à appréhender la signification véritable du message islamique et à tracer un chemin menant à son accomplissement.

En prononçant la première déclaration de foi, tous les musulmans affirment l’unicité de Dieu (tawhid) et leur foi dans les Écritures apportées par tous les messagers de Dieu, dont le Prophète Muhammad fut le Sceau. L’attestation verbale de l’unicité absolue et de la transcendance de Dieu, et de Son choix de Muhammad pour être Son messager, constitue la shahâda, la profession de foi, et est la doctrine fondamentale de la foi musulmane.

Au cours de sa vie, le Prophète Muhammad reçut la révélation divine et prêcha la vérité que Dieu lui révélait. Sa mort marqua la fin de la lignée des prophètes. S’ensuivirent des débats cruciaux, dans la communauté musulmane naissante, sur la légitimité d’un successeur au Prophète. Mais, aucun consensus ne put être trouvé sur cette question.
Les points de vue sur la nature de la succession continuèrent à foisonner jusqu’à ce que des experts en jurisprudence islamique et des théologiens parviennent à les structurer et proposent, à la fin du IXe siècle, la formalisation de toutes ces idées en une doctrine systématique. Cependant, dès le début, une divergence de vues apparut clairement entre, d’une part, le « Shi’at Ali », c'est-à-dire le « parti» d’Ali, qui soutenait que le Prophète avait désigné Ali, son cousin, pour être son successeur, et d’autre part, les groupes qui suivaient la direction politique des califes. Ces groupes finirent par se coaliser et formèrent la branche majoritaire sunnite, constituée de plusieurs écoles de pensée juridique différentes.

La position sunnite affirmait essentiellement que le Prophète n'avait pas nommé de successeur parce que la révélation, le Coran, était le seul guide de la communauté. Néanmoins, l'autorité morale et spirituelle allait progressivement être confiée, et ce, de manière tacite, aux ulémas, un groupe de spécialistes de la sharia, la loi religieuse. Il fut finalement établi que les ulémas se consacreraient à une unique mission : définir les bonnes règles de conduite conformément au Coran, aux Hadiths ou tradition prophétique, ainsi qu’à plusieurs autres critères relatifs à ceux-ci. Le rôle du calife, en théorie élu par la communauté, fut d’assurer le maintien et la diffusion des principes et pratiques de l'islam dans le royaume.

Le chiisme, ou « parti » d'Ali, qui existait déjà du vivant du Prophète, affirmait que, si la révélation avait effectivement cessé à la mort du Prophète, le besoin d’un guide spirituel et moral dans la communauté, qui continuerait l’interprétation du message islamique, n’avait, pour autant, pas cessé d’être nécessaire. Les chiites croyaient fermement que l’héritage du Prophète Muhammad ne pouvait être confié qu’à un membre de sa propre famille car le Prophète l’avait désigné et investi de son autorité. Il s’agissait d’Ali, le cousin du Prophète Muhammad et l’époux de sa fille Fatima, l’unique enfant survivant du Prophète. Ali avait été le premier à suivre le Prophète et avait défendu avec dévotion la cause de l’islam, gagnant ainsi l'admiration et la confiance du Prophète. La croyance des chiites dans la légitimité d’Ali à succéder au Prophète dans la conduite de la communauté et, après lui, ses descendants issus de Fatima, se fondait sur la compréhension qu’ils avaient de la conception de guide pur et infaillible inscrite dans le Coran. Cette compréhension se trouvait renforcée par la tradition prophétique, tout particulièrement dans le sermon prononcé par le Prophète au lieu-dit Ghadir Khumm, sur le chemin du retour de son pèlerinage d’adieu, où il désigna Ali comme son successeur, et délivra son testament « des Deux Poids » : le Coran et sa lignée pour guider, après lui, sa communauté.

Parmi les premiers chiites figuraient les lecteurs pieux du Coran, plusieurs des proches Compagnons du Prophète, des chefs tribaux de haute distinction et d’autres fervents musulmans qui avaient rendu de grands services à l’islam. Leur principal enseignant et guide était Ali lui-même qui, dans ses sermons et lettres, et dans une admonition aux chefs de la tribu de Quraysh, rappela aux musulmans les droits héréditaires de sa famille à la succession du Prophète « aussi longtemps qu’il restera parmi nous quelqu’un qui adhérera à la religion de la vérité ».

Les chiites affirment donc qu’Ali fut investi, à la mort du Prophète, de l’autorité de guide de la communauté. Les sunnites, quant à eux, révèrent Ali comme le dernier des quatre califes, les trois premiers ayant été Abu Bakr, Umar et Uthman. Tout comme il était de la prérogative du Prophète de désigner son successeur, chaque imam possède l’absolue prérogative de désigner son successeur parmi sa descendance mâle. Ainsi, selon la doctrine chiite, l’imamat se transmet par succession héréditaire dans la lignée directe du Prophète, par Ali et Fatima.

L’évolution des communautés d’interprétation
La branche des chiites se ramifia également. Les ismailis forment aujourd’hui la seconde communauté chiite musulmane. Les ismailis et ceux qu’on appela les ithna ashari (ou chiites duodécimains) prirent des voies séparées au moment de la succession de l’arrière-petit-fils d’Ali et de Fatima, l’imam Jafar as-Sadiq, qui mourut en 765. Les ithna asharis firent allégeance au fils cadet d’as-Sadiq, Musa al-Kazim, puis, à la mort de celui-ci, à son descendant direct, Muhammad al-Mahdi, le douzième imam qui, selon leur croyance, est entré dans l’occultation et réapparaîtra pour faire régner l’ordre parfait et la justice sur le monde. Sous la conduite des moujtahids, les ithna asharis représentent la plus grande communauté chiite musulmane, et sont majoritaires en Iran.

Les ismailis firent allégeance au fils aîné de l’imam Jafar as-Sadiq, Ismail, d’où leur nom. À travers leur histoire, les ismailis ont toujours été guidés par des imams vivants et issus de la succession héréditaire. Cet imamat remonte en ligne directe au Prophète Muhammad, par Ali et Fatima, et s’est transmis depuis Ismail jusqu’à Son Altesse le prince Karim Aga Khan, le 49čme Imam.

La branche sunnite connut également une période de fortes divergences internes. Lors des premières décennies de son existence, de multiples systèmes juridiques embryonnaires émergèrent en réaction aux situations concrètes quotidiennes, reflétant l’influence des coutumes régionales sur l’interprétation du Coran. Ces systèmes se structurèrent en quatre écoles majeures qui finirent par fédérer la majorité des adeptes sunnites.

Ainsi, l’histoire et l’évolution de l’islam se sont caractérisées par l’apparition de différentes communautés, chacune élaborant sa propre interprétation de l’islam et possédant sa propre école de jurisprudence. Pourtant, quelles que soient les différences entre chiites et sunnites, ou les différences existant entre leurs propres subdivisions, elles ne formèrent jamais des divergences fondamentales d’ordre théologique ou dogmatique qui auraient conduit à la fondation de religions distinctes. En outre, l’islam n’ayant pas d’Église établie et n’ayant pas institué de méthode pour se prononcer sur le dogme, une lecture historique rigoureuse ne conforte pas l’idée d’une opposition entre chiisme et sunnisme : on ne peut réfléchir aux différences d’interprétation au sein de chaque branche dans une perspective dichotomique d’orthodoxie et d’hétérodoxie, ni appliquer le terme de « secte » àune quelconque des communautés chiites et sunnites.

Les principes du chiisme
L’essence du chiisme repose sur la quête de la vérité de la révélation menant à la compréhension du sens de l’existence et de la destinée humaine. La vérité spirituelle s’inscrit au-delà des contraintes de temps, d’espace et de forme. Elle ne peut être appréhendée qu’à travers l’Imam, le guide spirituel de chaque époque, qui a reçu de Dieu l’autorité et l’héritage du Prophète. Une des principales fonctions de l’Imam est de guider les croyants au-delà de l'apparence ou de la forme extérieure de la révélation vers la spiritualité et l’intellect. Un croyant qui se soumet sincèrement à la conduite spirituelle de l'Imam pourra atteindre la connaissance de soi. L’essence de cette relation entre l’Imam et son disciple a été transmise dans une tradition, attribuée à la fois au Prophète et à l’imam Ali : « Celui qui se connaît lui-même connaît son Seigneur ». Ainsi, les chiites, doivent obéissance aux imams comme ceux-ci à Dieu et au Prophète, selon le commandement du Coran qui ordonne aux musulmans d’obéir à celui qui est investi de l’autorité.

La succession passant de la lignée prophétique à celle de l’imamat a assuré l’équilibre entre la sharia, l’apparence exotérique de la foi, et l’essence spirituelle, ésotérique de la foi. L’Imam est le guide spirituel du croyant sur le chemin de son élévation intérieure et l’autorité qui donne son sens à l’application de la sharia selon les besoins temporels et universels. La recherche d’une vie spirituelle intérieure qui soit en harmonie avec l’exotérique est une dimension de la foi acceptée par plusieurs communautés dans chacune des deux branches de l’islam.

Intellect et foi
L’intellect joue un rôle central dans la tradition chiite. En effet, le principe de soumission à la conduite de l’Imam, qui découle explicitement de la révélation, est le fondement du développement de l’intellect, faculté dont le rôle est élevé, chez les chiites, au rang de facette primordiale de la foi musulmane. L’intellect s’associe à la conscience responsable de l’individu et forment ensemble une des pierres angulaires de la tradition ismailie, la tolérance, principe qui s’ancre dans l’injonction issue du Coran : « Il n’y a pas de contrainte en religion ».

Dans l’islam chiite, le rôle de l’intellect n’a jamais été appréhendé dans un cadre de pensée opposant révélation et raison. Ce rôle fut débattu à l’âge classique de l’islam entre les rationalistes, qui donnaient la primauté à la raison, et les traditionalistes qui s’opposaient à cette primauté, sans pourtant nier à la raison un rôle subalterne en matière de foi.

La tradition chiite, qui plonge ses racines dans les enseignements des imams Ali et Jafar as-Sadiq, met l’accent sur la complémentarité entre la révélation et la réflexion intellectuelle, lesquelles se justifient mutuellement. C’est le message que le Prophète a transmis dans une tradition rapportée : « Nous (les Prophètes) nous adressons à chaque peuple en nous adaptant à son intelligence ». Les imams Ali et Jafar as-Sadiq ont exposé la doctrine selon laquelle le Coran ouvre différents niveaux de significations : un sens littéral, une signification ésotérique cachée, la limite entre ce qui est permis et ce qui est défendu, et la vision éthique de Dieu, celle qu’il entend réaliser à travers l’homme, pour fonder une société pleinement morale avec le soutien de Dieu. Ainsi, le Coran offre à chaque croyant, chacun selon les capacités qu’il porte en lui, la possibilité d’y puiser des réponses aux questionnements de son temps.

La croyance inébranlable en Dieu, à laquelle se joint la confiance dans la liberté de choix et de conscience individuelle, trouvent un écho permanent dans les sermons et les paroles des imams. Il est du devoir du croyant de prendre la mesure de ses actes à l’aune de sa conscience propre. Nul ne peut montrer le chemin à celui qui échoue à être son propre guide et qui se garde de faire fausse route, puisque Dieu apporte son aide à celui qui s’efforce de suivre le droit chemin. Cette vision alide de l’islam, d’une foi spirituelle et rationnelle, résonne à l’ère moderne sous la conduite de l’imam actuel et sous celle de son prédécesseur. L’Aga Khan III décrit l’islam comme étant une religion naturelle, qui attache une grande valeur à l’intellect, à la logique et à l’empirisme. La religion et la science tentent toutes deux, à leur manière, de comprendre le mystère de la création de Dieu. Un homme de foi qui s’efforce de trouver la vérité, sans abandonner ses obligations terrestres, peut s’élever et rejoindre la compagnie de la famille du Prophète.

L’imam actuel a souvent évoqué le rôle de l’intellect dans le domaine de la foi. Avec beaucoup d’à-propos, il en fit le thème central de ses deux discours inauguraux à l’Université Aga Khan (AKU): « Dans la croyance islamique, la connaissance est de deux natures. Il y a, d’une part, la connaissance révélée par le Saint Prophète et, d’autre part, la connaissance que l’homme découvre par son intellect. Ces deux voies de la connaissance ne se contredisent pas tant que l’homme se souvient que son propre esprit fait partie de la création de Dieu. Sans cette humilité, il n’y a pas d’équilibre possible. Avec elle, il n’y a plus d’obstacle. En effet, une des forces de l’islam est de toujours s’appuyer sur la croyance que la création ne fut pas une œuvre statique, mais une œuvre en évolution perpétuelle, et que dans toutes les recherches entreprises par l’homme, qu’elles soient scientifiques ou autres , Dieu lui a permis, et continue de lui permettre, de voir toutes les merveilles de Sa création ».

Il ajouta que les musulmans ne devaient pas craindre de faire ces voyages permanents de l’esprit pour comprendre la création de Dieu, et donc se comprendre eux-mêmes. Par ailleurs, restreindre la réflexion à l’étude des accomplissements passés allait à l’encontre de la croyance en la vérité éternelle du message islamique. « Notre foi ne s’est jamais identifiée à un lieu précis ou à une époque particulière. Depuis que la révélation fut apportée au Prophète, le concept fondamental de l’islam a été son universalité et sa qualité de dernière révélation : toujours valable, elle n’est figée ni dans le temps ni dans l’espace ».

Dépasser les frontières de la connaissance dans les domaines scientifiques et autres, relever les défis éthiques posés par un monde toujours en évolution, tout cela devient alors une exigence de la foi. Investi de son autorité, l’Imam guide le croyant et lui donne un cadre qui, l’émancipant et lui faisant découvrir tout un monde de possible, le fait avancer dans sa quête personnelle du sens et sa recherche de solutions aux problèmes de la vie. Le croyant sincère accepte les normes et éthiques de la foi, qui sont ses guides dans sa quête. Il sait reconnaître les capacités qu’il porte en lui et sait, au moment du doute, qu’il doit suivre la voie que lui montre le seul guide investi de l’autorité par Dieu : celui qui, dans la tradition chiite, est l’imam alid de son temps et descendant du Prophète.

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